Lamborghini 400 GT Monza Neri & Bonacini de 1966 – Une pièce unique au passé obscur

Lamborghini 400 GT Monza Neri & Bonacini de 1966 – Une pièce unique au passé obscur

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La Lamborghini 400 GT Monza Neri & Bonacini de 1966 (châssis 01030) est une pièce unique. Originalement nommée Lamborghini Monza 400, cette voiture a été réalisée par le carrossier italien Neri & Bonacini situé à Modène et créé par deux hommes de talent : Giorgio Neri et Luciano Bonacini. Sur la base d’une Lamborghini 400 GT, une nouvelle carrosserie en aluminium a été créée à la demande d’un client américain souhaitant engager une voiture sportive aux 24 Heures du Mans. La suite de l’histoire est mouvementé avec une partie obscure durant des décennies…

Naissance de Lamborghini et des premiers modèles 350 GT / 400 GT
Née en 1963, la marque Lamborghini est arrivée sur la scène automobile pour concurrencer principalement les bolides Ferrari de Maranello. Ferruccio Lamborghini, un riche industriel italien spécialisé dans les tracteurs agricoles (Lamborghini Trattori) avait la volonté et les moyens de créer les meilleures voitures de sport de l’époque via la création d’une équipe de jeunes ingénieurs doués qui allait transformer ses rêves ambitieux en réalité.

Possédant au début des années 1960 de nombreuses voitures sportives (Ferrari, Mercedes, Maserati, Jaguar, Alfa Romeo et Lancia), il était victime de problèmes récurrents d’embrayage avec ses Ferrari. Lors d’un évènement Ferrari, il a ouvertement critiqué la marque de Maranello, située à quelques kilomètres de sa société. Un peu plus tard, Enzo Ferrari l’a violemment méprisé (alors qu’il était un gros client de la marque au cheval cabré) : « Lamborghini, vous êtes peut-être capable de conduire un tracteur, mais vous ne saurez jamais conduire convenablement une Ferrari. » Ce fut le déclic pour Ferruccio Lamborghini, alors énervé d’avoir été méprisé de la sorte, de créer sa propre voiture de sport avec pour ambition d’être meilleure et plus sportive que celles fabriquées par Enzo Ferrari. La suite, on la connaît : la sortie du prototype de la première voiture de Grand Tourisme (GT) à moteur V12 en 1963 : la Lamborghini 350 GTV qui a ensuite donné naissance en 1964 à la 350 GT produite en série.

Le premier modèle de Lamborghini, la 350 GT, a surpris la presse automobile et le public lors de son lancement en 1964. Ses concurrents de l’époque comme Ferrari, Maserati ou Jaguar ne faisaient pas les fiers face à ce nouveau challenger. Ne se reposant pas sur ses lauriers, la nouvelle marque automobile Lamborghini planchait déjà sur le successeur de ce premier modèle : la Lamborghini 400 GT déjà en tests à la fin de la même année.

Les Lamborghini 350 GT et 400 GT ont été l’œuvre de la carrozzeria Touring de Milan, retenue par Ferruccio qui, selon certaines sources, n’était pas entièrement satisfait du design de Franco Scaglione pour le premier prototype, la 350 GTV. Bien que même avec un design revu, seule une poignée de voitures personnalisées ont été construites sur les châssis des 350 GT et 400 GT. Touring a d’ailleurs fait quelques modèles très réussis (des types spyder, rakish, shooting brake), notamment la Flying Star II conçue pour un client français. Le carrossier milanais Zagato a également réalisé quelques coupés. Une autre réalisation a été la plus exotique de toutes, via la carrosserie Neri & Bonacini : la Lamborghini Monza 400 ou plus communément appelée 400 GT Monza.

Création de la Lamborghini 400 GT Monza Neri & Bonacini
Giorgio Neri et Luciano Bonacini ont créé un atelier bien établi à Modène qui s’occupait des voitures de course Ferrari et Maserati. Ils géraient la maintenance des voitures clientes après la fermeture du service compétition de ces marques à la fin des années 1950. Parmi leurs clients, l’entreprise s’occupait de la Scuderia Serenissima du comte Giovanni Volpi di Misurata et même de Lotus.

Cet atelier a été retenu par Ferruccio Lamborghini pour construire le premier prototype du châssis et du moteur Lamborghini, et la toute première voiture complète à porter son nom, la Lamborghini 350 GTV de 1963. Ils ont continué à travailler pour Lamborghini en fournissant le châssis de la Lamborghini 350 GT avant que cet élément soit réalisé en interne avec l’arrivée chez Lamborghini de leur ancien employé – Umberto Marchesi – lorsque la production de la 350 GT était bien lancée.

Déjà responsable de la fameuse série « Nembo » basée sur des Ferrari, Neri & Bonacini s’est lancée dans sa propre interprétation de carrosserie pour des modèles Lamborghini.

A l’automne 1965, un riche client américain (resté anonyme) a commandé à Neri & Bonacini la préparation d’une voiture de sport afin de l’engager aux 24 Heures du Mans. Le client ayant choisi de partir sur la base d’une Lamborghini 400 GT, le modèle le plus récent de l’époque, l’atelier Neri & Bonacini a opté pour une préparation mécanique et aérodynamique de la voiture afin qu’elle soit homologuée pour la route mais aussi pour la course automobile.

La 350 GT étant carrossée d’origine par Touring, elle ne convenait pas au cahier des charges du client américain. Pour l’occasion, une nouvelle carrosserie entièrement en aluminium a été créée selon les inspirations des deux associés Giorgio Neri et Luciano Bonacini.

Les amateurs de Ferrari auront observé un détail intéressant : le pare-brise est celui d’une Ferrari 275 GTB. Cela s’explique par des raisons pratiques : à cette époque, des Ferrari surnommées Nembo avaient été réalisées par Neri & Bonacini et ils leurs restaient des pièces. Le reste de la voiture est entièrement nouveau. Son design reprend néanmoins certains traits de la légendaire et très réussie Ferrari 250 GTO mais également de la 275 GTB.

Le design de la Monza 400 est unique, fluide et très aérodynamique. La voiture a son propre style, reconnaissable immédiatement, notamment par son arche de toit au niveau du montant central. On a l’impression d’avoir un arceau façon Porsche 911 Targa, qui est noyé dans le reste de la carrosserie. L’arrière de la voiture reçoit une queue relevée accentuant sa dynamique.

Comme l’a dit un historien italien contemporain: « Cette Monza 400 ne manque pas de caractère: le poste de pilotage, en position basse dans une infrastructure fluide et puissante, crée une silhouette qui ne peut laisser indifférent. L’ouverture large de la bouche, presque au niveau du sol, la forme des fenêtres latérales, les panneaux arrière inédits en font une belle voiture. Ce prototype est né avec la bénédiction de Ferruccio Lamborghini, qui aurait continué à accumuler les déceptions avec les carrossiers. »

Concernant la mécanique (moteur V12 atmosphérique en position longitudinale avant de 3929 cm3 développant 320 ch à 6500 tr/min avec un couple de 393,2 Nm à 5 000 tr/min) et la suspension, peu de modifications ont été effectuées. Le châssis d’origine a été conservé, gardant ainsi ses proportions et ses propriétés. Son poids est de 1290 kg. Au final, la voiture ne pouvait pas être homologuée pour participer à des courses automobiles et elle resta à un usage routier.

Terminée en mai / juin 1966, la voiture a été présentée à très peu de journalistes, ce qui a contribué à son mystère (internet n’existant pas et l’information se diffusant localement). À l’époque, le célèbre magazine américain Road & Track a suivi la construction de la Lamborghini Monza 400 et a publié un article avec l’avancée des travaux de la carrosserie dans leur numéro de novembre 1966.

Un autre média, Autosprint, un équivalent hebdomadaire italien, a publié un article dans le numéro du 4 août 1966, mettant en avant le formidable travail réalisé : « La ligne de la voiture est très agréable et plus rakish … les chromes et la pureté de ses lignes la placent parmi les plus belles créations de la tradition automobile italienne. »

Elle fut ensuite livrée à son premier propriétaire et resta en Italie jusqu’au salon automobile de Barcelone en 1967. Elle y fut présentée sur le stand Amato (l’importateur espagnol de Lamborghini de l’époque) aux côtés d’une Lamborghini Miura grise argent.

C’est à ce salon que sa surprenante histoire va naître. Repérée par une riche playboy espagnol déjà propriétaire d’une importante collection de voitures d’exception, il a littéralement craqué sur cette voiture unique. Après avoir fortement sollicité le propriétaire américain de cette voiture, ce dernier a cédé à sa demande en lui vendant la Lamborghini Monza 400.

Interviewé il y a quelques années par le magazine Octane, Giorgio Neri a donné quelques informations sur cette voiture : « Je pense que nous l’avons construite pour un client américain, peut-être avec l’intention de faire la course au Mans, mais il y avait des problèmes d’homologation. » Il avait l’impression que la voiture avait été construite plus tôt, peut-être en 1963/1964, en utilisant un châssis de Lamborghini 350 GT (pratiquement identique au châssis de la 400 GT). En voyant la voiture pour la première fois depuis près de quatre décennies, il ajouta: « È perfetta (c’est parfait) … exactement comme je m’en souviens. » Il ajouta ensuite, qu’avec Luciano Bonacini, ils avaient pensé initialement appeler la voiture «Monza Neri e Bonacini». Finalement, ils décidèrent d’abréger le nom en «Monza, un nom romantique et suggestif ».

Une histoire obscure durant des décennies
La Lamborghini Miura sur le stand d’Amato du salon automobile de Barcelone 1967 attirait la foule. Il y avait une longue liste d’attente pour ce modèle. Le nouveau propriétaire espagnol, ayant déjà réussi dans d’autres sports à haut risque comme le motocross, souhaitait se lancer dans la course automobile amateur. Il était rapidement passé d’une Mini Cooper préparée à une nouvelle Porsche 904 puis ensuite à une Porsche 908. Son goût pour les voitures était tout aussi exotique. Même avec ses liens avec le pouvoir en place, dans un pays où la plupart des citoyens du général Franco devait acheter des voitures familiales produites localement, il ne pouvait pas obtenir de passe droit.

A côté de la Miura argentée se trouvait une berlinette de couleur Amaranto métalisée, dotée de superbes roues chromées Borrani : la Lamborghini Monza 400. Après avoir acheté cette voiture, son nouveau propriétaire l’a rapatriée dans son garage hébergeant sa fabuleuse collection comprenant des Porsche et des Ferrari avec lesquelles ils roulaient sur circuit.

Acte I : la disparition
En 1967, à l’occasion de la présentation aux journalistes de la nouvelle Lamborghini Miura sur le circuit automobile espagnol de Jarama, la Lamborghini Monza 400 était présente en retrait et avait suscité la curiosité des journalistes qui ne connaissait pas ce modèle.

Un détail important est à souligner. Le logo Monza 400 a disparu de l’arrière de la voiture pour être remplacé par un logo Jarama. Le propriétaire espagnol a dû rebaptiser sa nouvelle voiture en référence à son nouveau pays d’origine, bien avant que Lamborghini ait baptisé son propre modèle de Jarama.

Le magazine français L’Automobile, présent lors de cet évènement, a publié un article en 1967 sur cette voiture inconnue :

Au cours des trois prochaines années, la Lamborghini Monza pourpre étaient présente à différents rassemblements automobiles et lors de courses automobiles à travers le pays. Cette voiture était utilisée sur circuit et à l’occasion de voyages privés à grande vitesse, quittant rarement l’Espagne.

En 1970, avec seulement 7136 km parcourus, cette unique GT V12 a été garée dans l’un des garages du propriétaire dans une rue commerçante animée, à côté de nombreuses motos et d’un bateau à moteur, avant que l’entrée ne soit bloquée.

Elle a ensuite disparu de la circulation durant une vingtaine d’années. A des milliers de kilomètres de là, des historiens automobiles ont spéculé sur le sort de la Lamborghini Monza 400. Des rumeurs sont apparues comme celle disant que la voiture avait été vendue à un collectionneur américain ou qu’elle avait été détruite. A l’époque, des livres sur la marque Lamborghini ont été publiés, évoquant ce modèle sans pouvoir en dire plus car personne ne savait avec certitude ce qui était arrivée à cette voiture devenue très mystérieuse.

Acte II : la résurrection
Au début des années 1990, le propriétaire est décédé, mais sa famille, inconsciente de la rareté de la Monza, lui a accordé peu d’attention. La voiture est restée stocker dans le même garage.

Fin 1996, la famille a contacté la maison de vente aux enchères Brooks (maintenant Bonhams) afin de l’expertiser. Brooks a rapidement identifié la voiture  commeétant la mystérieuse et obscure Lamborghini Monza 400 disparue des radars.

Durant neufs ans, les spécialistes automobiles de Brooks ont gardé l’espoir d’avoir le consentement de la famille afin de vendre aux enchères cette voiture unique et fascinante.

Acte 3 : la renaissance
Lorsque la voiture a été redécouverte en 1996 après ces très longues années de stockage, rien n’avait bougé : peinture, cuir noir, garnitures pourpres, tapis. La Lamborghini Monza 400 était dans le même état qu’à la fin des années 1960. Seule ombre au tableau, le propriétaire espagnol avait fait ajouté des pare-chocs tubulaires chromés à l’avant et à l’arrière, alors qu’à l’origine et jusqu’en 1967, elle en était dépourvue.

En 2005, après le souhait de la famille de s’en séparer, un contrôle mécanique a été effectué par l’ancien chef d’usine Orazio Salvioli pour s’assurer du bon fonctionnement du moteur. La carrosserie et l’intérieur ont été soigneusement nettoyés par le célèbre carrossier de Modène – Pietro Cremonini.

Après cette remise en route, la Lamborghini 400 GT Monza – surnommée de la sorte – a fait l’objet d’un article important dans le magazine Octane dans lequel Giorgio Neri, le pilote d’essai Lamborghini – Valentino Balboni et le neveu de Ferruccio Lamborghini – Fabio Lamborghini ont relaté son histoire.

Elle a ensuite été prêtée au musée Lamborghini (voir article visite détaillée du musée Lamborghini) afin de l’exposer à Sant’Agata.

Le 5 décembre 2005, Bonhams a vendu aux enchères à Londres ce bijou automobile à un collectionneur anglais – Martin Kent – qui l’a possède encore à ce jour. Son prix de vente de 198 246 euros était ridicule alors que c’est une modèle unique qui se revendrait aujourd’hui plusieurs millions d’euros.

Une fois l’auto acquise, le nouveau propriétaire l’a remise dans son état d’origine en remettant le logo Monza 400 et en supprimant les disgracieux pare-chocs. Elle est dorénavant immatriculée « MOI IIII ». Une inscription « 400 GT » est présente sur la tableau de bord côté passager, alors qu’à l’origine le logo Monza 400 était présent à ce même endroit.

En 2011, elle a été prêtée à l’Audi museum mobile d’Ingolstadt pour son exposition temporaire de prototypes Lamborghini (du 2 mars au 31 juillet 2011).

On peut la voir à quelques concours d’élégance et à d’autres évènements où elle ne passe pas inaperçue.

Cette voiture est l’une des plus belles et élégantes Lamborghini construite.

Photos: 4Legend.com, AUDI AG, Bonhams, Kurt Blythman, Pete Coltrin, D.R.

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