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Rétromobile 2015 – Bugatti Type 43 Grand Sport de 1928

Rétromobile 2015 – Bugatti Type 43 Grand Sport de 1928

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Une très rare Bugatti Type 43 Grand Sport de 1928 a été mise en vente aux enchères par Artcurial lors du salon Rétromobile 2015. Elle est dans un superbe état. Il s’agit d’une 3-4 places très prisée des collectionneurs que nous vous proposons de découvrir.

Lorsque Bugatti présente en mars 1927 à la presse son nouveau modèle 2,3 litres Grand Sport, il affiche des performances avec lesquelles aucune voiture ne peut rivaliser. Ce brillant torpédo comporte un châssis spécial de 2,97 m d’empattement, cintré comme celui d’une Bugatti Grand Prix et doté du moteur de la Type 35B sortie en septembre 1926. La vente des premières Type 43 est contemporaine des premières et rares Type 35B et, de 1927 à 1930, exactement 160 exemplaires sortent des ateliers. Parmi les premières voitures produites, en mars 1927, quatre exemplaires sont commandés par l’agent londonien, le Colonel Sorel, pour son magasin d’exposition « Bugatti Automobiles » de Brixton Road, à Londres. La revue « The Autocar » du 18 mars 1927 laisse entendre que « Bugatti va proposer à la clientèle une vraie voiture de sport, équipée enfin d’un compresseur, équipement réservé jusqu’alors aux seules voitures de course ! La voiture est une évolution des modèles qui ont remporté la Targa Florio en 1926. » Dans son article, le journaliste anglais confie revenir de Molsheim où Ettore Bugatti l’a emmené pour un essai dans la campagne alsacienne. Le « Patron » a arrêté le moteur, enclenché la quatrième et actionné le démarreur… La voiture s’est alors mise à accélérer rapidement jusqu’à 140 km/h, sans changer de vitesse. L’essai s’est poursuivi au pied des montagnes vosgiennes, en empruntant parfois des chemins peu carrossables sur lesquels la suspension a montré toutes ses qualités. Cet article est dû sans doute au journaliste WF Bradley, correspondant européen de la revue et futur biographe d’Ettore Bugatti.

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La production des Type 43
En décembre 1926, les premiers moteurs sortent de l’atelier de montage et sept voitures sont assemblées avant la fin de l’année. La production atteint au printemps 1927 un rythme de 7 à 10 voitures par mois et, à la fin de l’année, 80 voitures sont sur la route, soit déjà la moitié de la production totale.

En 1928, plus de 60 exemplaires sont fabriqués, les 15 derniers sortant des ateliers avant avril 1929. La commercialisation ne se fera pas de façon aussi linéaire et de nombreux exemplaires invendus encombreront les ateliers de l’usine à partir de 1930. Mais, au début de 1927, le modèle se vend très bien.

Les tarifs
Le prix de vente des Type 43 est très élevé, mais ne correspond jamais à celui qu’affiche le catalogue, soit 165 000 francs. Ainsi, en 1927, les Type 43 GS sont livrés au magasin de Paris pour 107 500 francs l’unité, le représentant de New York déboursant quant à lui 115 484 francs. Pour le dépôt de Brixton road, le prix est de 82 280 francs et tombe même à 76 266 francs début 1928, alors que l’agent italien verse 90 000 francs et un client français privé 97 500 francs.

Livraisons d’usine
La voiture proposée à la vente, le châssis 43171, est notée dans le Registre mensuel de vente :  » 28/1. W. Sorel. G .S. 43171. 63. 11.4.28 « 
Les voitures châssis 43168 à 43171 sont toutes indiquées « W. Sorel 28/1 », les chiffres correspondant sans doute à la date de commande. Pour ces mêmes voitures, les facturations sont notées en date du 27/04/1928. Pour déterminer si la Bugatti châssis 43171 correspond à celle du capitaine Malcolm Campbell au Tourist Trophy du 18 août 1928, comme l’indiquent les historiens anglais, il convient de dresser la liste des Bugatti Type 43 livrées en Grande-Bretagne avant cette date, d’étudier leur histoire, puis d’éliminer celles qui sont déjà attribuées à un propriétaire ou qui ne sont pas disponibles.

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Les Bugatti Type 43 livrées en Angleterre en 1927-1928
Le marché anglais des Bugatti est très actif depuis le début des années 1920, et la concession du colonel Sorel à Brixton Road couvre un vaste marché qui s’étend jusqu’à l’Australie. Le châssis 43169 sera livré Outre-Manche en janvier 1928. De très nombreuses voitures de la marque s’alignent déjà sur les circuits anglais où les compétitions sur route ouverte ont été interdites peu de temps après la course Paris-Madrid de 1903. C’est ainsi que Brooklands, premier circuit au monde doté d’un anneau de vitesse, est construit en 1907.

Les cinq Type 43 livrées en 1927
L’agence londonienne tenue par W. Sorel ne tarde pas à commander, dès avril 1927, une des toute premières Type 43 Grand Sport, le châssis 43159/moteur 10. En août et septembre de la même année, quatre autres Type 43 sont importées :
– 43188/26 le 04/08/1927 pour Lord Howe (immatriculation YT 8241).
– 43189/29 à la même date (immatriculation KO 5128).
– 43160/30 le 23/09/1927 (immatriculation YV 2681)
– 43161/37 le 23/09/1927 (immatriculation GJ 53)

Les cinq Type 43 GS livrées début 1928
Deux voitures sont livrées à Sorel fin janvier 1928 et payées 76 266 francs chacune :
– 43170 /52 est immatriculée dans le Surrey en avril 1928 (numéro PH 9397)
– 43168/65 est immatriculée dans l’Essex en avril 1928 (numéro PN 1095)
Trois autres véhicules sont facturés le 27 avril 1928 au même tarif de 76 266 francs :
– 43171 /63 est livrée le 11 avril (la facturation arrive après la livraison rapide, ce qui est assez inhabituel !)
– 43178 /59 livrée le 23 mai
– 43179 /76 livrée aussi le 23 mai
Il est dit que Lord Howe utilise pour la première fois en course sa 2,3 litres, châssis 43188, lors de l’épreuve des Six Heures d’Essex courue à Brooklands le 12 mai 1928. Dans cette même course, Malcolm Campbell pilote également une Type 43, qui est une voiture neuve : le châssis 43171 de la vente. En effet, il est clair que la voiture avec laquelle M. Campbell inaugure sa saison de course le 12 mai 1928, ne peut être ni 43178 ni 43179, livrées dix jours plus tard. Il est donc très clair que cette voiture est celle qu’il conduit au Tourist Trophy au mois d’août. Des photos de 43189, 43168 et 43170 (la voiture d’essai de Howe), avec leurs spécificités et plaques d’immatriculation respectives, existent et montrent bien qu’elles ne sont pas la voiture de Campbell au TT de 1928. Il ne reste plus qu’une prétendante donc, la voiture châssis 43171, étant la Bugatti 2,3 litres du Recordman du Monde de vitesse, Malcolm Campbell, à avoir été utilisée par lui en course et en essai sur l’anneau de Brooklands où il dirige un garage, « Brooklands Motor Co ».

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Malcolm Campbell
Au début de 1928, M. Campbell vient de battre le record du Monde de vitesse sur la piste de Daytona Beach en Floride. Le 19 février, au volant de sa Bluebird équipée d’un nouveau moteur de 900 ch, il a porté le record à 332,992 km/h. De 1931 à 1935, il bat chaque année ce record sur la piste de Floride et sa Bluebird II atteint 395 km/h en février 1931, jusqu’à établir un record à 482 km/h en septembre 1935. Entre deux tentatives, il s’affiche régulièrement au volant de Bugatti en catégorie course ou sport, souvent dans la classe 1 500 cm3. Le domicile privé de Campbell est alors situé Byron House,7-9 St-Jame’s street, London SW 1.

Les épreuves de 1928
– Les Six Heures d’Essex
Lors de la course inaugurale des Six Heures d’Essex, le 12 mai 1928, deux Type 43 sont engagées. Elles sont décrites comme  » les torpédos quatre places à compresseur les plus rapides des engagés, avec la Mercedes de Miller « . Les Bugatti tiennent une vitesse tellement élevée qu’elles sont les premières à rentrer au stand pour replier leur capote règlementaire. Lord Howe abandonne rapidement sur ennui de magnéto, et Campbell perd un temps considérable lors d’un changement de roue. Après quatre heures de course, il se retire sur problème de pression d’essence. Il s’agit vraisemblablement de la première course de 43171 sur le sol anglais.
– Le R.A.C Tourist Trophy
Le R.A.C Tourist Trophy se déroule le 18 août 1928 sur le circuit des Ards, près de Belfast. Lord Howe se déplace avec ses deux Bugatti Type 43 pour l’occasion : la voiture immatriculée PH 9397(43170) est utilisée pour les essais et 43188 (YT 8241) participe à la course sous le numéro 50.
La Bugatti de M. Campbell, 43171, ne semble pas porter de plaque minéralogique, mais elle affiche le numéro de course 49. Toutes les autres Bugatti Type 43 anglaises en course portent des plaques minéralogiques dès leur première apparition. Lorsqu’il sera dit plus loin que 43171 a été immatriculée pour la première fois en 1931, c’est une hypothèse tout à fait plausible si elle a été considérée dès le début comme voiture de garage.
Le troisième torpédo Type 43, numéro 48, est engagé par Léo d’Erlanger et piloté par Louis Dutilleux, de l’usine. Lors du ravitaillement de la 2,3 litres de Campbell, le réservoir prend feu et ne tarde pas à exploser. Tout l’arrière brûle et fond complètement, ainsi que les roues en aluminium. Les commissaires et mécaniciens ne peuvent rien contre l’incendie dont la chaleur devient insupportable. Cette voiture est alors la seule à disposer d’une pointe arrière tronquée comportant un réceptacle pour une roue de secours disposée verticalement. Cet aménagement est bien visible sur certaines vues de l’arrière, lors de l’incendie. Il semble que la jambe de force en acier ait résisté au sinistre, car le pont arrière actuel de la voiture, châssis 43171, est du Type 44, mais la jambe de force numéro 61 correspond bien au numéro du pont d’origine.
La course du TT va s’avérer un désastre pour les deux autres Bugatti Type 43 : celle de Lord Howe est en tête et roule à près de 160 km/h quand son réservoir prend feu à son tour, forçant le pilote à l’abandon. De son côté, Dutilleux pilote une voiture envoyée par Molsheim à Léo d’Erlanger, le baron banquier impliqué dans l’agence Bugatti londonienne. Son réservoir prend feu également et, après avoir réussi à éteindre les flammes, le pilote reprend la course, finissant vaillamment neuvième de l’épreuve. Malcolm Campbell participera à d’autres courses en 1929, mais plus au volant de son Type 43.

Les autres prétendantes
Il a été écrit que la Bugatti Type 43 de G. Eyston au Grand Prix d’Irlande en 1929 était 43171. Il n’en est rien, une photo lors de la course montre clairement qu’il s’agit de YT 8241 (43188). Cette même voiture sera utilisée en mai 1930 par Howe et Campbell lors du J.C. C de Brooklands . Par ailleurs, il a été également avancé que 43189 aurait pu être la voiture de Campbell car des traces d’incendie ont été retrouvées lors de la restauration de l’auto. Nous pouvons aujourd’hui affirmer que 43189 est la voiture utilisée par John Field au GP d’Irlande au Phoenix Park de Dublin en juillet 1929. Elle a pris feu lors du ravitaillement.Une autre voiture, châssis 43154, a également prétendu être celle de Campbell en 1928, mais elle ne pas fut importée de France avant 1930 ! Enfin, une annonce paru dans « The Motor » du 21 avril 1931 indique :
 » BROOKLANDS MOTOR CO offers Bugatti late 1929, 2.000- 3.000 cc model, ready for road or track ; this car is capable of 110 m.p.h., and was raced by Sir Malcolm Campbell, cost over £ 1.000, our price £ 375. Exchanges, deferred. 414 Euston Rd. N.W.1  » Si ce n’était l’année de fabrication du véhicule, qui peut avoir été rajeunie, la description et la période de vente correspondent bien à la remise en circulation de 43171.

WM Faulkner
WM Faulkner réside alors au Corner Cottage à Thames Ditton, dans le comté de Surrey. La Bugatti semble immatriculée pour la première fois à son nom, le 7 octobre 1931, sous le numéro PJ 679. Faulkner l’engage sans succès lors d’un meeting du B.A.R.C, le  » troisième Mountain Handicap « , à Brooklands en août 1931. Au quatrième tour, il heurte les barrières à Fork, répète l’incident au dixième tour et abandonne. À Pâques 1932, il remporte le  » Norfolk Lightning Mountain Handicap  » sur ce même circuit. La voiture, de couleur bleue, a été pour l’occasion délestée de ses ailes, de ses phares et du pare-brise. L’échappement a été réorienté sur le coté du passager, et non plus sous le véhicule. Une photo de Faulkner à la course de côte de Chalfont organisée à St-Peter par les propriétaires de Bugatti, le 21 mai 1932, montre la voiture en configuration d’origine, roue de secours côté conducteur, mais il n’est pas possible de distinguer si une échancrure existe au niveau de la portière, comme au TT. La plaque minéralogique PJ 679 est bien visible.L’histoire de la voiture ne nous est pas connue en 1933, mais il est possible qu’elle soit déjà remisée dans les garages de Leslie Bachelier à Wimbledon (Wimbledon Engineering Company). Bachelier est tombé sous le charme de sa première Type 43 en 1929, châssis 43161/ 37 (immatriculation GJ 53), et l’a gardée pendant quatre ans. Il a possédé également 43168 en 1934, 43171 en 1932 et en 1936, 43179 en 1933 et 1935 et 43189. Il entretient de nombreuses Bugatti pour des clients comme Peter Hampton.

CWP Hampton
Dans le numéro de Bugantics de mai 1937, CWP Hampton, grand amateur de Bugatti, relate l’achat du véhicule auprès de Bachelier, en février 1934 : Bachelier l’emmène faire un galop d’essai, à grande vitesse, de cette Type 43 ex-Campbell. Hampton, conquis, achète la voiture après avoir deux ans plus tôt résisté à la tentation lors d’un premier essai d’une machine identique, que ses finances ne lui permettaient pas encore d’acquérir. Dans cet article de 1937, Hampton mentionne que la voiture, en état d’origine, a pu atteindre 108 mph (173 km/h) sans effort, lors de sa première sortie sur route mouillée, avant que la magnéto ne rende l’âme. Après 1 000 km d’usage, la caisse est restaurée et repeinte en bleu, la voiture recevant aussi un nouvel intérieur et une capote neuve. Le tableau de bord d’origine est remplacé : Hampton étant coutumier du fait, nous pouvons supposer qu’il réalise une planche, moderne à son goût, aux multiples cadrans. Les pignonneries de pont et de boîte sont remplacées et la carrosserie reçoit de longues ailes dans le style du roadster Type 55. Une photo de 1934, côté conducteur, laisse entrevoir l’échancrure de la porte, qui ne date pas de la période course mais qui a été commandée par Hampton, comme il le relate dans « Motor Sport » de mars 1943. Lors du  » J.C.C High Speed Trial « , le 30 juin 1934 à Brooklands, Hampton remporte sa catégorie. Son meilleur résultat reste sa victoire de classe dans le meeting du J.C.C à Donington, au mois d’août de la même année. L’entretien de la voiture est confié à Bachelier, qui installe en mai 1935 un carburateur Zenith plus performant qui, associé à un taux de compression augmenté, va transformer les performances de la 2,3 litres. Après avoir parcouru plus de 16 000 km au volant de cette voiture, Hampton la revend en 1936 à L. Bachelier, lorsqu’il se porte acquéreur d’un roadster Type 55 qui répond alors à son plus grand désir.
Nous ne connaissons pas l’histoire de la voiture après 1936 et sans doute jusqu’au début de la guerre, époque où elle doit être acquise par Brian Finglass.

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La période d’après-guerre en Angleterre
Le « logbook » de la voiture, daté de 1947, est parvenu jusqu’à nous. Il mentionne PJ 679 comme numéro minéralogique et le 1er octobre 1931 comme date de première immatriculation. Il nous donne de précieuses indications sur les propriétaires successifs à partir de cette époque :
Ils sont notés ci-dessous en caractères gras, mais certaines dates ne correspondent pas aux vraies dates d’achat : il s’agit des dates de mise en circulation. Deux propriétaires manquent sur ce logbook et sont ajoutés avec les commentaires.
– 04/07/1947 – Brian Finglass, 2 Pembridge Mews, Notting Hill Gate London W 11.
Il est fort probable que Finglass ait acheté la voiture juste avant la guerre ou au début de celle-ci car d’autres Bugatti dont une Type 51 sont entre ses mains vers 1943. La date du 8 juillet 1947 correspond sans doute à la date de revente par lui, avec immatriculation juste avant la cession.
– 08/07/1947 – Humphrey Owen, J, St Ann’s Vicarage, Wandsworth, London SW 18.
– 24/10/1947 – William Walter Deane, 1A Grenville Place, London SW 7.
– 30/06/1948 – Chipstead Motors Ltd, 8 Gaspar Mews, Courtfield Gardens, SW 5.
– 10/09/1948 – William Arthur Mitchell, Dormer’s Farm, Bletchingley, Surrey.
– 24/10/1969 – Dr James Rodger Mirrey, Leachim Heights Redhill Common, Surrey.
En fait, la Bugatti est achetée en 1959 à KJ Richardson, Burrows Croft, Burrows Cross, Gomshall, Surrey, puis vendue en octobre 1960 au Dr JR Mirrey. En effet, dans une lettre en réponse à un amateur américain, début novembre 1960, Richardson indique avoir juste vendu sa voiture le 30 octobre pour la somme de 600 £. Il précise qu’elle était parfaitement d’origine sauf un radiateur et un essieu avant chromés, un réservoir d’essence plus grand que la normale et un tableau de bord modifié. Il indique avoir restauré le moteur, le châssis, les essieux et les freins. La carrosserie a été décapée et mise en apprêt. Le Dr JR Mirrey va reprendre et terminer entre 1963 et 1969 les travaux de restauration débutés par Richardson, et ne mettra les papiers à son nom que lorsque la voiture sera utilisable, en 1969. Mirrey confie la tache à un garage local du nom de « Plaistow Garage Ltd », à Lingfield (Surrey), dirigé par l’ingénieur David Brown. Celui-ci revoit toute la mécanique, mais il fait aussi restaurer le soubassement de la caisse et réaliser une nouvelle cloison pare-feu et un tableau de bord en acajou. Le vilebrequin est révisé par un spécialiste du nom de David Woods, à Belfast, et le châssis contrôlé par David Brown, qui restaure à l’époque sa propre Type 43.
Ensuite, vers octobre 1982, la voiture est acquise par G. Perfect qui a répondu à une annonce placée par Mirrey dans « Motor Sport », vers juillet 1982. Il en informe alors le B.O.C.
– 05/07/1983 – Geoffrey William Perfect, Glen More, Penn, Bucks.
Quelques années après son achat, Geoffrey Perfect confie à l’atelier « AB Price Ltd », à Studley dans le Warwickshire, le soin de réaliser entre 1989 et 1991 les travaux utiles, dont un nouveau faisceau de radiateur et des blocs moteurs neufs. Entre 1993 et 1995, le propriétaire décide d’entreprendre une restauration totale du véhicule qui est alors confié au spécialiste Ivan Dutton. Le châssis est redressé, un carter moteur est réparé, un nouveau réservoir est fabriqué. Sur le plan cosmétique, notons que l’arrière de la caisse, ainsi que le soubassement, sont refaits comme à l’origine. En cours de restauration, la voiture est cédée à l’automne 1995 à Nicolaus Springer qui poursuit les travaux, dont la réalisation du tableau de bord actuel. Plus de 100 000 £ sont dépensées pour obtenir une restauration totale de la voiture, terminée en été 1997. En août 2000, la voiture est proposée à la vente par le négociant suisse Lukas Huni et, en 2001, elle est cédée à son propriétaire actuel.

En mai 2014, une analyse détaillée de cette Bugatti a été faite. Elle a révélé que la quasi totalité des pièces mécaniques, sauf les pièces d’usure, étaient d’origine et provenaient bien de la voiture châssis 43171 à moteur 63. Le cadre du châssis est original et porte gravé, à l’envers comme attendu, le nombre 62. La jambe de force porte sur sa face supérieure le numéro du pont d’origine 61. Le pont arrière est numéroté 475. Le rapport de pont, gravé sur la face supérieure du carter de pont, est 12 X 50, correct pour un Type 44 de tourisme. Mais l’ajustage monté par Ivan Dutton est de 14 X 54.
Il pourrait s’agir, avec une forte probabilité, du pont provenant de la voiture châssis 44738 à moteur 475, livrée à W. Sorel le 7 décembre 1928. Dans ce cas, il faut penser que cette pièce n’a pas pu être incorporée à la voiture avant quelques années d’utilisation de la 3 Litres et son démontage partiel pour servir de banque de pièces détachées. Il est peu probable que ce pont ait été incorporé dans la 43 du temps de Campbell, sauf si 44738 lui fut livrée neuve. Le corps de la boite de vitesse et son couvercle sont gravés 63.

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Le moteur numéro 63
Ce moteur est assemblé à l’usine le 25 octobre 1927, selon le cahier de fabrication des moteurs type 43. Le carter inférieur moteur porte sur sa patte avant gauche le numéro du moteur 63. Le numéro de châssis 43171 est gravé dans le parfait style de l’usine sur la patte arrière gauche. Les deux carters moteurs portent le même numéro d’assemblage 14S. Ils forment bien une paire et sont d’origine avec 43171. Les faces antérieures de la boîte à cames et du bloc sont gravées 63. Le compresseur est numéroté 66, sans aucun doute celui d’origine. L’essieu avant est du bon modèle, sans doute ancien mais aucun numéro n’est visible sur cette pièce qui fut sans doute polie et chromée plusieurs fois et sur laquelle le numéro est toujours gravé beaucoup plus fin que sur les autres pièces. Le tableau de bord est conforme au modèle. Il a été remplacé plusieurs fois au cours de la vie de la voiture, au gré des goûts des propriétaires successifs. Les deux cloisons pare-feu sont de facture récente. La plaque châssis date des années 1960. La partie centrale de la caisse est ancienne. La pointe arrière, une grande partie du soubassement et le capot sont de facture récente. Les roues sont modernes et correspondent au modèle 1930, en une seule partie.

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La Bugatti Type 43 a toujours eu la faveur des vrais amateurs, des spécialistes et historiens. Le grand Hugh Conway ne jurait que par elle et en a possédé deux. Ce modèle combine en effet toutes les qualités recherchées dans une Bugatti : son moteur de course est directement issu du type 35B aux multiples victoires ; son châssis cintré de 2,97 m d’empattement lui est spécifique ; sa caisse Grand Sport avec 3 à 4 places sous capote, dotée de bonnes suspensions, en fait une auto pour les longues distances et idéale pour les rallyes. Le modèle est rare, ce qui le rend d’autant plus désirable. Parmi les 15 voitures livrées en Angleterre en 1927 et 1928, seules huit ont survécu et, parmi elles, seules trois voitures sont encore équipées de leur moteur d’origine. Il s’agit de 43159, 43171 et 43179, dont le carter inférieur a été remplacé. Les voitures châssis 43160 – 43169 – 43214 – 43238 et 43239 ont perdu leur moteur au fil des courses et des accidents. La voiture châssis 43171 a côtoyé dans sa prime jeunesse les plus grands pilotes anglais : Malcolm Campbell et Lord Howe. Elle est celle utilisée par Campbell au TT de 1928 car de toutes les prétendantes,à ce titre, elle est la seule pour laquelle aucun argument négatif n’a pu être trouvé. Par élimination dans une liste qui comporte peu de voitures, elle se retrouve donc seule dans la lumière des projecteurs braqués par les historiens. Elle a vécu la création du Bugatti Owners Club en 1929, participé aux courses de côte de Chalfont, Prescott, Shelsley et autres fameuses épreuves britanniques. Elle a connu les grandes heures de Brooklands jusqu’à sa fermeture en 1939. Préservée pendant les hostilités, sans doute aux bons soins de Brian Finglass, elle est ensuite passée entre les mains de vrais passionnés qui, chacun leur tour, vont la préserver en engageant plusieurs restaurations, jusqu’à la dernière intervention du spécialiste réputé Ivan Dutton. Tous ont compris le rare joyau qu’ils avaient entre les mains. La voiture, telle que proposée aujourd’hui à la vente, possède encore évidemment son châssis, sa mécanique d’origine quasi complète, la partie avant de sa carrosserie, sa boîte de vitesse originale, ce qui est rarissime pour ce modèle Grand Sport qui fut utilisé en compétition pendant toutes les années d’avant-guerre. Il s’agit ici d’une des Bugatti 43 les plus originales, à l’historique limpide et à la provenance et à l’histoire des plus valorisantes.

D’après Pierre-Yves Laugier.

La carte grise est française. Le numéro de châssis est le 43171. Le prix de vente estimatif était de  1 500 000 – 2 500 000 €.

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