Porsche Type 360 Cisitalia de 1947 – Une voiture de course étonnante

Porsche Type 360 Cisitalia de 1947 – Une voiture de course étonnante

En 1947, l’entrepreneur italien et pilote Piero Dusio a fait appel aux services de Porsche Konstruktionbüro GmbH pour sa nouvelle marque Cisitalia. Son ambition était de s’engager en courses de Grand Prix avec une voiture performante. C’est avec cette idée que naquit la Cisitalia Type 360 conçue par Ferry Porsche en 1947.

Origines du projet Type 360 Cisitalia et de Porsche
A la fin de la Seconde Guerre Mondiale, la bureau d’ingénierie Porsche se trouvait dans une situation difficile. Les bureaux situés à Stuttgart-Zuffenhausen étaient occupés par les forces militaires françaises et américaines, alors qu’un permis provisoire avait été délivré en août 1945 pour poursuivre les opérations à Gmünd en Carinthie, en Autriche permettant à la société de poursuivre ses activités.

Porsche engineering comptait 140 personnes qui pouvaient concevoir des projets de tracteurs motorisés, de générateurs de gaz, et d’autres équipements civils. La société pouvait également réparer des véhicules motorisés ainsi que des machines agricoles.

Les premiers produits développés et vendus sous le nom Porsche (la marque automobile n’ayant pas été encore créée) étaient des turbines d’eau, des treuils à corde, des remontées mécaniques et différents types de tracteurs développés sur la base du tracteur du peuple (Volkstractor) qui seront vendus plus tard en tant que produit Porsche.

L’objectif de Porsche engineering était clairement de revenir dans l’industrie automobile gravement touchée par la guerre. En novembre 1945, Ferdinand Porsche et son fils Ferry Porsche ainsi que son beau-fils Anton Piëch ont accepté une invitation d’une commission française à Baden-Baden, dans le but de signer un contrat. Mais avant de pouvoir s’y rendre, les trois participants de la famille Porsche ont été arrêtés par les services secrets français. Ferry Porsche et Anton Piëch ont été rapidement relâchés alors que le Professeur Porsche, qui était âgé et malade, était maintenu en détention. Son fils Ferry devait alors prendre l’initiative de continuer le travail mené par son père.

En avril 1947, il a créé avec sa sœur Louise Piëch (la mère de Ferdinand Piëch) une société de design : Porsche Konstruktionbüro GmbH. Le siège était basé à Gmünd. Louise Piëch se chargeait des tâches administratives et du management de cette nouvelle société permettant à Ferry Porsche de se concentrer sur les nouveaux projets qui permettrait au bureau de design de sortir de la crise rencontrée à l’époque. Karl Rabe était aussi de la partie en tant que responsable de la conception.

Le premier client après-guerre pour un travail de développement était la jeune société italienne Cisitalia (Compagnia Industriale Sportiva Italia) créée en 1946 et basée à Turin. Son propriétaire, Piero Dusio (photo ci-dessus) – un passionné d’automobile, a commandé à Porsche Konstruktionbüro GmbH trois modèles : un tracteur compact, une turbine à eau, une voiture de sport à 2 places à moteur central ainsi qu’une voiture de course afin de l’engager dans des Grand Prix. Ce sera la Type 360 Cisitalia. Le contrat fut signé le 23 février 1947.

Grâce à ce projet, Ferry Porsche avait les fonds afin de pouvoir faire sortir son père de prison en payant 1 million de Francs. Le Professeur Porsche a ainsi été libéré grâce à ce projet et est retourné en Carinthie le 1er août 1947. L’une de ses premières tâches a été d’examiner les dessins du design de la Type 360, conçus par Ferry Porsche, avec son œil critique. Son verdict était résumé dans sa remarque : « Je ne changerais pas une seule vis! » Cette commande de Cisitalia a ainsi permis la création de la première voiture Porsche en 1948 avec la 356 Roadster N°1 (châssis 356-001) ainsi que la marque automobile Porsche au même moment.

Porsche Type 360 Cisitalia de 1947 et son histoire
En 1946, Cisitalia a commandé au Porsche Konstruktionbüro GmbH une voiture de course afin de courir en Grand Prix. Le cahier des charges portaient sur une monoplace dotée des dernières technologies, avec un moteur 1,5 litres équipé d’un compresseur.

Cette monoplace ne se démarque pas uniquement par sa carrosserie ultra légère mais aussi par sa technicité en avance sur son temps. Cette monoplace de course était propulsée par un moteur à 12 cylindres à plat de 1,5 litres (en position centrale), doté de deux compresseurs compresseur, développant 385 ch (283 kW) – l’objectif était une puissance de 450 ch. Sa vitesse maximale est de 300 km/h. Les 2 arbres à cames en tête de ce moteur pouvant tourner à 10 600 tr/min sont pilotés par des arbres à engrenages coniques. Le moteur refroidi par eau est doté de deux carburateurs horizontaux Weber. Le moteur a un pois de 155 kg.

La boîte de vitesses à 5 rapports, innovante, entièrement synchronisée et située derrière le moteur, a un mécanisme de changement de rapports comme sur une moto, avec seulement deux plateaux. L’embrayage est composé de quatre disques. La boîte fut conçu par Leopold Schmid. Sa technologie sera par la suite utilisée sur de futurs modèles Porsche via la technologie Porsche synchronisation.

Son châssis tubulaire adopte une suspension à deux bras oscillants à l’avant et d’un essieu oscillant à double pivot avec une barre de torsion à l’arrière. La voiture, normalement propulsion, peut passer à 4 roues motrices selon les souhaits du pilote grâce à un levier sous le volant permettant de transmettre la puissance aux roues avant via un arbre de transmission mixte.

Deux réservoirs de carburant d’une capacité totale de 100 litres sont présents de chaque côté du poste de pilotage, remplis d’un mélange de carburant avec un indice d’octane de 150 (contre 98 de nos jours). L’orifice de remplissage se situe devant le petit-pare-brise.

A l’avant de la voiture se trouve un réservoir d’huile de 25 litres, situé derrière le radiateur.

Les pneus avant Dunlop ont pour dimensions 7.00-19 et les pneus arrière Dunlop 5.50-18 ou 6.00-17 selon les configurations.

Pesant 650 kg à vide, ses dimensions sont de 3900 mm de long, 1130 mm de haut et son empattement est de 2590 mm.

Malgré les difficultés rencontrées au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale et les conditions de l’après-guerre dans la petite ville de Gmünd en Autriche, la voiture fut conçue et fabriquée. Les travaux de sa fabrication se sont achevés en 1948. Cependant elle ne fut jamais testée à cause des problèmes financiers de la société Cisitalia. Elle ne fut également jamais engagée dans des Grand Prix. Un seul exemplaire fut réalisé.

Lors des problèmes financiers de Cisitalia en 1948, Piero Dusio était en Argentine, où il venait de créer la société Autoar, la première société automobile argentine indépendante. Autoar fabriquait ses propres modèles ainsi que des NSU Prinz sous licence. Après un moment, Dusio était retourné en Europe afin de rembourser ses créditeurs.

Pendant ce temps, les employés de Cisitalia aidés par Porsche, et notamment Robert Eberan von Eberhorst (qui a travaillé sur le projet Porsche 356), ont pu terminé la construction de la voiture et la fabrication des pièces détachées incluant celles de la seconde voiture (une voiture incomplète …). L’ancien pilote de Grand Prix victorieux au volant de voitures de course Auto Union avant la guerre – Tazio Nuvolari – a pu la voir et poser à ses côtés sans pour autant pouvoir la conduire.

Au début des années 1950, il avait pu récupérer la Type 360 Cisitalia ainsi que des pièces détachées. La voiture fut exposée sur le stand Abarth lors du salon automobile de Turin 1950.

Puis la voiture ainsi que toutes les pièces détachées furent envoyées Argentine par bateau. La voiture était complète mais n’avait jamais été entièrement testée. Une fois arrivée à destination, la voiture fut stockée dans un coin de l’usine Autoar sous une bâche, un manque de pièces détachées l’ayant empêchée d’être engagée en course en Argentine.

En décembre 1951, un ami de Dusio a découvert par hasard la voiture sous la bâche recouverte de poussière.  Ce fut le début de la renaissance de la Cisitalia Type 360. Il fallait persuader de nombreuses personnes à redonner vie à cette voiture.

Un professeur qui était un spécialiste des moteurs à combustion à l’université de Buenos-Aires, a rassemblé tous les documents et a décidé de faire des essais avec un moteur mono cylindre expérimental. Après un an d’essais, une grande et spectaculaire course – la Temporada 1953 – se tenait comme chaque année en janvier. Ce fut la première course de la Cisitalia Type 360, pilotée pour l’occasion par l’argentin Clemar Bucci.

La Cisitalia a fait ses premiers tours de roues quelques jours seulement avant la course sur la route à côté de l’usine Autoar. La voiture était en proie à des problèmes, commençant par des problèmes de bougies puis de pneus. Deux jours avant la course, les mécaniciens et les techniciens argentins devaient régler les pires problèmes. Au final, le pilote Clemar Buci a pu la piloter pour la première fois.

Il était immédiatement revenu aux stands suite à un problème de boîte de vitesses, les vitesses avaient du mal à passer. Ensuite, Felice Bonetto (un ancien pilote d’usine Alfa Romeo, Maserati et Lancia) a piloté la Cisitalia Type 360 durant un tour. Un grand nuage de fumé s’échappait de la voiture. Après investigation, il s’agissait d’un problème de ventilation du carter avec de l’huile dégoulinant sur l’échappement. A ce moment, la voiture ne pouvait pas participer à la course.

De retour dans l’usine Autoar, le moteur fut retiré de la voiture de course et monter sur un banc. En utilisant comme carburant un mélange d’alcool et de pétrole, le moteur développait une puissance de 385 ch à 9 000 tr/min. Mais rapidement, le moteur s’était arrêté : le mélange était trop faible et deux pistons avaient brulé.

Par chance, deux nouveaux pistons ont été trouvés dans le lot de pièces détachées mais les mécaniciens n’étaient pas entrainés pour travailler sur ce moteur complexe et le planning ne pouvait pas être respecté pour que la voiture puisse être engagée dans la course.

Afin de marquer le coup, une tentative de record de vitesse sur 1 000 mètres d’une nouvelle voiture de course fut annoncer pour le 18 juin 1953. Alors qu’il faisait froid et venteux, la Cisitalia Type 360 était bien là, prête à faire son show.

Clemar Bucci était heureux du comportement, de la conduite et des performances de la voiture, après un premier tour. Mais ensuite il avait de nouveau critiqué le manque de puissance du moteur. Les bougies ont été réchauffées et le moteur à 12 cylindres redémarré. Après s’être élancé, la voiture a réussi à atteindre 260 km/h sur le dernier rapport et à 8 500 tr/min. Cependant, le destin s’est de nouveau abattu sur la voiture. Sur le chemin du retour, alors qu’un nouveau record était visé, un piston a de nouveau rendu l’âme à cause du mélange trop faible du carburant et la vitesse moyenne des 2 tours était de seulement 234 km/h, trop peu pour ce moteur compressé de 1,5 litres qui devait atteindre au minimum 300 km/h et une puissance de 450 ch.

Autoar a baissé les bras avec cette voiture et l’a mise en vente pour seulement 4000 dollars US.

Elle fut achetée par un amateur de voiture qui voulait la transformer en dragster en la motorisant avec un moteur V8 Ford. Il se retrouva rapidement à cours d’agent pour mener à bien ce projet. La voiture fut remisée sous une bâche.

La voiture fit parler d’elle en 1960 lorsque qu’une équipe de l’usine Porsche la rechercha en Argentine.

Après l’avoir acquise, la Cisitalia fut envoyée en Europe et notamment chez Porsche à Stuttgart. Après avoir été restaurée chez Porsche, elle est désormais exposée de manière permanente au sein du Porsche Museum.

Une seconde voiture incomplète a vu le jour
La Cisitalia Type 960 était à l’origine une voiture unique. Mais un certain nombre de pièces avaient été fabriquées pouvant permettre de construire une seconde voiture. Des pièces d’une seconde voiture ont été découvertes en 1968 par un collectionneur italien – Corrado Cupellini, alors associé avec Le comte Giovanni Lurani – dans une concession Volkswagen à Raconigi en Italie, proche de Turin, là où se trouvait la société Cisitalia. Les deux associés n’arrivant pas à assembler la voiture dû au fait que des pièces manquaient et que ces dernières ne pouvant pas être refabriquées avec les technologies de l’époque et avec leur budget, ils décidèrent de vendre les pièces en postant une annonce dans le magazine anglais « Motor ».

Trois mois plus tard, un certain Tom Wheatcroft a appelé Cupellini afin de lui acheter les pièces en venant en Italie quelques jours plus tard. La transaction s’est conclue pour 8000 Livres en espèces.

De retour en Angleterre avec les précieuses pièces, il a entamé la construction de la deuxième Cisitalia Type 360. Une nouvelle carrosserie a été réalisée par le spécialiste anglais John Cole. Le châssis et la suspension ont été montés, les pièces du moteur ont été assemblées. La voiture a d’ailleurs été présentée au musée Prototyp à Hambourg, de 2008 à 2009, et auparavant au Donington Museum.

La voiture non terminée est ensuite passée entre les mains de l’actuel propriétaire, suite au décès de Tom Wheatcroft. De nouvelles pièces ont été récupérées ainsi que de nombreuses archives dont des plans et des photos originaux. Un homme gère se projet depuis plus de 10 ans : Martin Schroeder. Malheureusement, la voiture n’est toujours pas terminée et roulante.

Photos : 4Legend.com / Porsche / D.R.

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