Prototype VW W30 de 1937 – Restauration de la plus ancienne VW Coccinelle

Quelle surprise d’avoir pu découvrir par hasard l’un des tous premiers prototypes de la Volkswagen Coccinelle dans l’un des halls du salon Techno Classica 2025 à Essen. Cette VW W 30 a été fabriquée en 1937, ressuscitée en 2022 devenant la Coccinelle la plus ancienne du monde.

VW 30 / W30
La Volkswagen Coccinelle a su marquer diverses générations d’automobilistes et de passionnés depuis plus de 80 ans. Mais connaissiez-vous ses origines, notamment via le prototype VW 30?

L’idée d’une voiture accessible au grand public n’était pas nouvelle ; plusieurs personnes s’y sont essayées. Ferdinand Porsche était l’un d’eux : il a conçu la Volkswagen dès 1933, qu’il présenta au ministère des Transports du Reich nazi en janvier 1934 dans son exposé sur la construction d’une Volkswagen allemande. La même année, Porsche reçut un contrat de la RDA (Reichsverband der Automobilindustrie – Association de l’industrie automobile du Reich) pour la conception et la construction de la Volkswagen. Les voitures expérimentales V1 à V3 furent assemblées dans le garage de Porsche, suivies d’une série de 30 prototypes, les « Versuchswagen 30 » / VW 30 (Voitures expérimentales 30).

D’octobre à décembre 1936, une nouvelle voiture aux formes arrondies a parcouru l’Allemagne sur les routes de campagne et la Reichsautobahn (autoroute). Il s’agissait du prototype d’une voiture d’essai destinée à prouver ce que devait être une voiture abordable pour le peuple : la Volkswagen. Elle a parcouru 50 000 kilomètres avec succès.

30 voitures modifiées ont été construites et ont été baptisées W30. En 1937, les modèles ont été testés pour leur fiabilité, leur endurance sur la route et leur durabilité.

Pour un coût de 1,7 million de Reichsmarks, ces prototypes précurseurs de la future KdF-Wagen ont été construits entre 1936 et 1938 dans l’usine Daimler-Benz de Sindelfingen et ils ont parcouru environ 2,4 millions de kilomètres d’essai. Ils ont donc joué un rôle crucial dans le succès ultérieur de la Coccinelle, produite à plus de 21 millions d’exemplaires entre 1938 et 2018. C’était probablement la première fois au monde qu’une nouvelle voiture était testée de manière aussi approfondie.

La visibilité vers l’arrière était assurée par une vitre verticale derrière les sièges arrière et par les fentes du capot moteur. La KdF-Wagen fut finalement développée sur la base de la W30.

Les voitures d’essai ont ensuite été entièrement détruites – du moins c’est ce qui était pensé.

Initialement, la Kdf-Wagen était prévue qu’elle soit construite conjointement par tous les constructeurs automobiles allemands. En 1936, cependant, les nazis décidèrent de construire une usine Volkswagen indépendante.

Résurrection d’un des prototypes
Pendant longtemps, on a cru que tous les prototypes de la Coccinelle avaient été détruits. Mais une découverte incroyable a été faite chez un collectionneur de pièces détachées en Autriche : un châssis et des pièces appartenant manifestement au modèle « VW 30 » ont été découvertes.

Via une connaissance et beaucoup de tractations, l’expert et collectionneur Christian Grundmann a récupéré les pièces découvertes en Autriche afin d’entreprendre une reconstruction complexe.

Après inspection et sablage du châssis, un numéro gravé apparut : le 26. Il devait s’agir de la voiture 26 de la série des 30 modèles W30 sans avoir la certitude. Cependant le châssis est spécifique avec des caractéristiques structurelles claires : la forme de la tête de cadre n’existait de cette façon que sur la W30.

Mais alors comment le châssis a-t-il bien pu survivre alors que toutes les voitures étaient censées être détruites ? Christian Grundmann l’explique : « Le châssis a été préservé, car il servait également aux essais de prototypes de la VW Type 82 Kübelwagen, ce qui était fréquent. Les autres châssis ont également été détruits, mais principalement pour être exposés au public. La Kübel a fini dans une forêt près de Gmünd, en Carinthie (où Ferdinand Porsche s’est installé en 1944). Ce qui restait de la Kübel a fini à la casse, d’où elle a été récupérée dans les années 1960. »

Pour la reconstruction du châssis 26, il a pu avoir accès aux archives de Porsche, de l’usine Volkswagen et de Mercedes. Il a également collecté des photos privées du monde entier et a même trouvé des dessins de conception. Il a été assisté par le designer du Groupe Volkswagen, Andreas Mindt ( alors responsable du design extérieur chez Audi), qui a interprété les photos historiques et créé de nouveaux dessins pour recréer la carrosserie de la Coccinelle originale. Cependant la reproduction de la carrosserie s’est avérée assez complexe, une fois les plans finalisés.

Après divers appels d’offres lancés dans toute l’Allemagne, aucune société n’était capable de relever le défit. La solution est venue par René Große (expert des voitures des années 1930) à Wusterwitz, dans le Brandebourg.

Après avoir analysé le montage du plancher au sein de la collection Grundmann spécialisée en modèles Volkswagen, il a su trouver la solution pour fabriquer les pièces et les assembler en modélisant l’ensemble en 3D à partir des diverses photos, mesures et plans mis à disposition.

Un paquet de gabarits de découpe en papier est arrivé. Ils ont été transférés sur du bois et sciés. Cela crée trois cadres longitudinaux en forme de W30 et plus de 30 cadres transversaux, insérés à intervalles de 100 mm. L’espace entre les cadres est rempli de mousse rigide pour créer une forme lisse. La tôle est posée sur le bois. La carrosserie est divisée en segments de tôle maniables, chacun ne dépassant pas un mètre carré. Du papier est ensuite posé sur la maquette et il détermine les endroits où la tôle doit être étirée et comprimée aux endroits où elle se plisse. Une quarantaine de tôles doivent être découpées, ajustées, martelées, puis recoupées pour la carrosserie. Elles sont ensuite soudées et assemblées bout à bout, comme à l’époque, puis poncées et ajustées à plusieurs reprises.

Les ailes ont été réalisées à l’aide d’un treillis métallique robuste selon le même procédé. Après la production, les portières sophistiquées sont équipées des composants internes des vitres à manivelle. Pour l’anecdote, le mécanisme de lève-vitre des portières arrière provient d’une Mercedes W 136, fidèle à l’original selon les photos d’archive.

Les serrures et poignées de porte d’origine proviennent également de la Mercedes 170. Les tambours de frein, les essieux et les roues proviennent d’une Coccinelle d’avant-guerre. Le volant provient d’un prototype de 1938. Les sièges sont également reconstitués à partir de photographies, et le tableau de bord provient de voitures de série d’avant-guerre, telles qu’elles étaient utilisées à l’époque.

La situation se complique avec les phares. Suite d’un besoin d’une lentille de 170 mm de diamètre et sans avoir pu la trouver, des motos d’avant-guerre ont permis de solutionner le problème. Les réflecteurs adéquats ont été trouvés sur une VW Karmann.

Une fois la carrosserie terminée, il a fallu la peindre. Mais dans quelle teinte?

Un ordinateur a été utilisé pour déterminer la couleur de gris à partir des tons de gris des photos. La peinture était une laque nitrocellulosique, comme à l’époque. La peinture ne devait cependant pas être trop parfaite ; la surface étant aussi un peu plus rugueuse à l’époque.

Une fois la peinture terminée, la VW 30 a pris vie en 2022, après près de deux années de reconstruction, fidèle à son état d’origine et de l’année de sa construction. Exposée au Techno Classica 2025, cet exemplaire refait à neuf a su captiver les foules.

Photos : Sylvain Richard – 4Legend.com / Volkswagen

Sylvain RICHARD: Passionné de tout ce qui roule, vole et flotte.
Related Post