En 2001, Volkswagen a dévoilé au salon automobile de Tokyo une troisième version de son concept de supercar à moteur W12 : la W12 Coupé se distinguant par sa couleur orange ainsi qu’une puissance plus importante de 600 ch. Un second modèle noir a aussi été construit pour Guigiaro tout comme une version de course se distinguant par une aérodynamique travaillée afin de battre des records en 2001 puis 2002.
Un 3ème concept W12
Après les W12 Syncro (1997) et W12 Roadster (1998), la Volkswagen W12 Coupé est le 3ème concept car conçu en collaboration avec Italdesign afin de mettre en valeur le moteur W12.
Moteur W12
Développant 600 ch (440 kW) à 7 000 tr/min et un couple maximal de 620 Nm à 5 800 tr/min, le W12 Coupé atteint 100 km/h en moins de 3,5 secondes et une vitesse de pointe de plus de 350 km/h. Avec un poids de seulement 1 200 kg, c’est l’une des voitures de sport les plus rapides au monde.
Avec une longeur de 513 mm, une hauteur de 715 mm et une largeur de 710 mm, le moteur 12 cylindres de 6,0 litres (5 998 cm³) à 4 soupapes par cylindre affiche une étonnante compacité. Doté de fûts de cylindres résistants à l’usure, son bloc-moteur en aluminium présente une rigidité torsionnelle exceptionnelle. Les couvre-culasses et les caches des chaînes de distribution en magnésium sont également révélateurs d’une recherche systématique d’allègement qui a porté ses fruits vu que le moteur ne pèse que 239 kg
L’architecture de base du moteur W12 révèle un assemblage de deux V6 étroits (15°) qui forment entre eux un V à 72°. D’où son extrême compacité par rapport aux moteurs V12 classiques. Parmi les autres caractéristiques de base, on peut signaler un vilebrequin à sept paliers et 4 soupapes par cylindre. Cela donne à ce W12 exceptionnellement souple et compact une forme en « double V » ou en « W ».
Tous les autres détails de conception de ce moteur, dont le taux de compression est de 12:1, trahissent également son caractère high-tech. La position centrale de la bougie dans la chambre de combustion hémisphérique favorise une combustion optimale. Il en va de même pour les pipes d’admission conçues pour améliorer le flux de l’air. Le collecteur d’admission en magnésium à deux étages contribue à la courbe de couple particulièrement dynamique. A cela s’ajoute le dispositif de calage variable du double arbre à cames qui influence de façon décisive le déploiement de la puissance. Dans le cas de l’arbre d’admission, la plage de variation en continu est de 52°. Côté échappement, elle est de 22°.
Compte tenu du caractère innovant de cette technologie, il n’est pas étonnant que les lubrifiants aussi aient fait l’objet d’une étude très poussée quant à leur rendement pendant la phase de développement du moteur. Il en résulte que Volkswagen utilisait exclusivement des huiles-moteurs de la gamme Shell Helix pour son moteur W12.
Les émissions aussi sont parfaitement maîtrisées. Equipée de quatre pré-catalyseurs et de deux catalyseurs principaux, la version de série prévue de la W12 Coupé satisfaisait à la stricte norme EU4 de l’époque en la matière.
Transmission et trains roulants
Dans la tradition des voitures de sport, l’énorme puissance du moteur est acheminée aux roues arrière par l’intermédiaire d’une boîte de vitesses séquentielle. Placée derrière le moteur, elle permet des passages de rapports très rapides.
Le contact avec la route est assuré par des jantes de 19″ en magnésium spécialement conçues, chaussées de pneus 255/35 ZR19 à l’avant et 275/40 ZR19 à l’arrière.
Les suspensions avant et arrière sont à double triangulation. Grâce à ses trains roulants sophistiqués à doubles bras transversaux assistés de nombreux modules électroniques, à la répartition idéale du poids d’environ 50:50 et à un empattement long de 2,63 m, la sécurité caractérisant le comportement routier du Coupé est à la mesure de sa rapidité.
Parmi les systèmes de sécurité actifs, on compte le programme électronique de stabilité ESP et l’antipatinage ASR. Dans le cas de ces dispositifs, l’assistance ne se limite pas à une intervention au niveau des freins mais fait également appel à la gestion de moteur centrale. Parallèlement à cela, l’antipatinage EDS, qui agit jusqu’à 40 km/h, empêche tout patinage des roues par un freinage ponctuel des roues. Un système de contrôle de traction (TCS) assure la stabilité et la sécurité à vitesse élevée sur route. Ces assistants électroniques peuvent être désactivés, par exemple pour rouler sur circuit.
Le système de freinage a été conçu sur mesure. A l’avant comme à l’arrière, on trouve des freins Brembo avec des disques de 318 mm de diamètre. L’utilisation du frein à main, activé électriquement par simple pression sur un bouton, offre tout le confort attendu d’une voiture de série.
Design by Giugiaro
Avec son spoiler discret qui sort automatiquement à 120 km/h, la carrosserie étirée et basse est une déclinaison, sportive à l’extrême, du design Volkswagen élégant et n’offrant aucune prise sur le temps. Grâce à sa conception monocoque et à l’implantation longitudinale, en position centrale, du moteur, la partie frontale de la voiture a pu être dessinée extrêmement plate. Longue de 4,55 m et large de 1,92 m, l’étude W12 Coupé en impose déjà rien que par ses dimensions, et ce d’autant plus que cette 2 places n’a que 1,1 m de haut.
Son design a encore été affiné par rapport à celui de ses deux devancières réalisées sur la même base. Les nouveaux phares et blocs optiques arrière comptent parmi les éléments stylistiques qui s’inspirent encore plus des particularités des futures Volkswagen de la classe supérieure. Le design est signé Italdesign, Giugiaro, l’un des studios les plus connus au monde.
Cette voiture de sport orange « effet perlé » est dotée de portes papillon qui s’ouvrent vers l’avant. Réalisée en verre spécial, la partie centrale de son pavillon s’étend du cadre de pare-brise à l’arrière du compartiment moteur, permettant d’admirer le moteur W12.
L’architecture en « double V » du moteur est bien mise en évidence sous le capot moteur transparent. Des écopes aménagées dans le nez de la voiture et dans la zone du tablier séparant le moteur de l’habitacle captent l’air destiné au moteur.
Fabrizio Giugiaro, directeur du style, a déclaré : « C’est l’une des voitures les plus fascinantes au monde et certainement la plus rapide et la plus fiable jamais construite. »
Intérieur
Le nouvel intérieur du Coupé fait la part belle au cuir, à l’aluminium et au carbone. Les sièges, les instruments et les contre-portes, par exemple, sont garnis d’un daim gris noir et de cuir lisse de couleur assortie. Les éléments fonctionnels que le conducteur est susceptible de toucher, entre autres le volant, sont aussi habillés de cuir lisse. Pas tout à fait rond, ce volant ressemble fort, tant par sa forme que par les commandes qui y sont associées, aux modèles des Formule 1.
A côté du cuir, ce sont surtout les éléments en aluminium qui frappent du fait que leur couleur tire sur le rouge et s’harmonise donc avec la teinte extérieure. Cette couleur et la finition de surface du métal non peint ont contraint Volkswagen à recourir à un processus chimique totalement nouveau.
L’agencement des instruments est classique. Deux cadrans principaux ronds fournissent les informations essentielles telles que la vitesse, le régime, le niveau de remplissage du réservoir (capacité 100 l) et la température du moteur.
La climatisation, le système de navigation, l’ordinateur de bord et le téléphone se commandent par l’intermédiaire d’un afficheur en couleur logé au centre du tableau de bord. L’impression d’espace à bord est des plus agréable. En effet, malgré la faible hauteur de l’habitacle, typique à une voiture de sport, la place disponible a été exploitée de façon parfaite grâce à une ergonomie judicieuse.
Un second modèle noir
En plus du modèle destiné à Volkswagen et dévoilé à Tokyo, Volkswagen et Italdesign ont fabriqué un second W12 Coupé la même année. Elle se différencie par sa teinte noire, des jantes spécifiques, une discrète entrée d’air à l’arrière du toit vitré, un intérieur en cuir marron et alcantara beige ainsi qu’une valise en carbone se rangeant à l’arrière dans le compartiment moteur. Elle semble appartenir à la collection d’Italdesign.
Mise en production envisagée en 2004
Tous les détails et équipements du W12 Coupé sont parfaitement fonctionnels et le concept exposé à Tokyo était proche des standards de production. Volkswagen envisageait durant une période le produire et le commercialiser en édition limitée en versions Coupé et Roadster. Ce fut malheureusement pas le cas, le moteur W12 étant l’élément utilisé dans des véhicules de série premium du Groupe Volkswagen dont l’Audi A8 W12 et des Bentley Continental GT et Flying Spur.
Détentrice de records avant même d’être dévoilée
Cette étude est plus qu’un « Showcar ». Elle fonctionne jusque dans les moindres détails et tous ses composants ont été portés à un niveau de maturité proche de la série comme en témoigne de façon impressionnante la W12 Coupé (noir mat) transformée pour battre des records. Ce véhicule a établi quelques jours plus tôt (mi-octobre 2021) trois records mondiaux et six records de vitesse de classe sur l’anneau de vitesse de Nardò, en Italie, à l’occasion d’une épreuve d’endurance. Elle a battu le record du monde dans toutes les catégories de vitesse de plus de 24 heures en parcourant 7 740,576 km à une vitesse d’environ 322,891 km/h. En se donnant pour objectif de battre le record de vitesse en 24 heures, Volkswagen a dès le début affiché ses exigences; dans ce but la qualité du châssis et de la mécanique devait être parfaitement adaptée à la puissance du moteur 12 cylindres dont le poids ne dépasse pas 239 kg.
Photos : Sylvain Richard – 4Legend.com / Volkswagen / Italdesign