Audi franchit une étape majeure de sa stratégie de croissance mondiale. Le constructeur automobile d’Ingolstadt prévoit de bâtir sa première unité de production aux États-Unis, dans l’État de Géorgie. Elle y produira des SUV premium conçus pour les clients nord-américains dont l’Audi Q9 mais aussi le futur Q7 qui ne sera plus produit à Bratislava.
Un investissement de 4 milliards de dollars
Annoncé le 25 octobre 2026 depuis Ingolstadt et Perry, le projet prévoit environ 4 milliards de dollars d’investissement et la création d’environ 4 500 emplois. L’usine sera dimensionnée pour une capacité annuelle pouvant atteindre 200 000 véhicules.
L’annonce a d’abord été faite par Donald Trump lors d’un meeting de campagne à Perry, le samedi 24 octobre 2026, en présence de Gernot Döllner.
Le calendrier prévisionnel est le suivant :
– 2027 : début de la construction de l’usine ;
– 2030 : démarrage de la production.
Un calendrier à nuancer
Les communiqués de l’État de Géorgie et de l’autorité de développement locale annoncent des travaux de terrassement en 2027, la construction de l’usine à partir de 2028 et une production à pleine capacité en 2031. Le communiqué d’Audi parle d’un début de construction en 2027 et d’une production au début des années 2030. Les deux versions ne sont pas strictement identiques, d’où la prudence sur les dates.
Pour Audi, cet engagement de long terme fera de l’Amérique du Nord le troisième grand pilier de son réseau de production mondial, aux côtés de l’Europe et de la Chine.
« Grandir en Amérique, pour l’Amérique »
Les États-Unis sont le deuxième marché premium au monde, et Audi estime n’y avoir pas encore atteint son plein potentiel. Produire localement doit permettre de proposer des SUV premium adaptés aux attentes des clients américains. Ce sera notamment le cas du nouveau Q9, présenté comme spécifiquement pensé pour ce marché.
Gernot Döllner, président du directoire d’AUDI AG, résume l’ambition : « Nous avons de bien plus grandes ambitions pour Audi en Amérique. » Il précise qu’il s’agit de « construire une activité Audi plus forte en Amérique, pas seulement une usine », grâce à des produits premium, une marque renforcée et une base de production locale compétitive. Au contraire de BMW et Mercedes-Benz, Audi n’a pas d’usine aux Etats-Unis.
Audi Q9 : le gros SUV qui justifie l’usine
Dévoilé le 28 juillet 2026, le Q9 est le premier très grand SUV d’Audi et le plus grand modèle de l’histoire de la marque. Il se place au-dessus du Q7 et vise directement les BMW X7, Mercedes GLS et Cadillac Escalade. Présenté à New York, il a été conçu en priorité pour le marché américain, même s’il sera vendu dans le monde entier.
• Gabarit : 5,31 m de long, 2,01 m de large, 1,79 m de haut, 3,14 m d’empattement, trois rangées de sièges pour six ou sept passagers.
• Moteurs aux États-Unis : V6 2,9 l biturbo de 429 ch pour le Q9, V8 4,0 l biturbo de 591 ch pour le SQ9, annoncé à 3,8 s de 0 à 60 mph.
• Prix de départ : 87 700 $ pour le Q9, 118 000 $ pour le SQ9, avec une arrivée en concession au quatrième trimestre 2026.
• Allemagne : un V6 3,0 l diesel de 299 ch est proposé.
• Plateforme : elle servira aussi de base au futur grand SUV de Porsche, nom de code K1, attendu en 2028.
Selon Vito Paladino, président d’Audi of America, les SUV représentent environ 80 % des ventes de la marque aux États-Unis, et les clients américains montrent une préférence pour les motorisations thermiques. Un responsable américain a toutefois indiqué à Reuters que le site produirait les Q7, Q8 et Q9.
Pourquoi la Géorgie ?
Le site retenu est le Middle Georgia Mega Site, près de Perry. Audi met en avant plusieurs atouts :
– un terrain prêt à accueillir l’investissement ;
– une main-d’œuvre qualifiée ;
– un réseau établi d’équipementiers automobiles ;
– de solides infrastructures logistiques ;
– l’espace et la flexibilité nécessaires à de futures extensions.
L’usine sera pensée autour des exigences de production futures de la marque : efficacité, flexibilité et capacité à s’adapter à l’évolution de la demande. Gerd Walker, membre du directoire en charge de la production et de la logistique, souligne qu’une construction partant de zéro permet de « repenser la fabrication dès le premier jour ». Elle autorise des processus très efficaces et flexibles, des technologies avancées et un réseau de fournisseurs locaux. L’objectif affiché est d’établir une référence de la production premium qui renforcera l’ensemble du réseau industriel du groupe.
Les 4 500 emplois prévus devraient aussi créer des opportunités chez les fournisseurs, les prestataires de services et les partenaires de formation de la région.
Brian P. Kemp, gouverneur de la Géorgie, s’est félicité de l’arrivée d’« une des marques automobiles les plus emblématiques du monde ». Il y voit l’occasion de créer une prospérité économique durable et de contribuer à façonner la prochaine génération de la production automobile américaine.
Un site de 1 474 acres entre Perry et Macon
L’usine sera construite sur le Middle Georgia Megasite, un terrain de 1 474 acres (près de 600 hectares) situé dans le comté de Peach, le long de la Georgia Highway 96, près de l’Interstate 75. Le site est porté par une autorité de développement regroupant les comtés de Peach, de Houston et de Macon-Bibb, créée le 19 mai 2026.
• Logistique : accès au rail Norfolk Southern, ports de Savannah et de Brunswick à moins de cinq heures par le rail, aéroport d’Atlanta à 90 minutes de route.
• Formation : le programme Georgia Quick Start doit concevoir une formation sur mesure et un centre de formation dédié, avec les universités techniques de l’État, dès la phase de construction.
• Salaires : les autorités promettent des salaires compétitifs localement, sans donner de chiffres.
• Autre site en complément : un responsable américain a aussi évoqué à Reuters 25 000 véhicules Audi par an assemblés dans l’usine Scout Motors (appartenant au Groupe Volkswagen), en construction à Blythewood (Caroline du Sud).
Un levier de résilience face aux risques commerciaux et monétaires
Au-delà du marché américain, Audi présente cette implantation comme un moyen de bâtir une activité mondiale plus équilibrée et plus résiliente. Une présence renforcée en Amérique du Nord doit réduire l’exposition aux risques commerciaux et aux fluctuations monétaires tout en ouvrant de nouvelles perspectives de croissance rentable.
L’Allemagne et l’Europe restent néanmoins présentées comme l’épine dorsale industrielle de la marque, grâce à leur expertise d’ingénierie, leurs capacités technologiques et leur savoir-faire en production. L’expansion américaine vient compléter le réseau existant.
Manfred Döss, président du conseil de surveillance, insiste sur la nécessité d’investir : l’avenir d’Audi ne se jouera pas seulement sur la réduction des coûts, l’efficacité et l’excellence technologique. Il faut « le courage d’investir » et de prendre des décisions qui façonneront l’entreprise pour des décennies.
Le contexte : droits de douane, ventes en recul et élections
Audi n’a aujourd’hui aucune usine aux États-Unis. La marque aux quatre anneaux importe tous ses véhicules vendus sur ce marché depuis l’Europe ou le Mexique, et les droits de douane lui ont coûté environ 1,4 milliard de dollars rn 2025.
Le Q5, best-seller d’Audi aux États-Unis, est assemblé à San José Chiapa (Puebla, Mexique). Il subissait en 2025 une taxe de 27,5 % faute d’atteindre le seuil de contenu régional de l’accord USMCA (63 % de contenu régional).
Les ventes d’Audi ont reculé de 7 % au premier semestre 2026 et de 16 % aux États-Unis depuis le début de l’année. En mars 2026, Audi évaluait déjà « sérieusement » une production américaine.
L’annonce est tombée quelques jours avant les élections de mi-mandat du 3 novembre 2026. Donald Trump en a fait un argument en faveur de sa politique douanière, et le sénateur républicain Bernie Moreno a affirmé que l’usine n’existerait pas sans ces droits de douane. Ses critiques répondent que ces taxes ont fait monter le prix des véhicules et que l’incertitude commerciale a retardé certains investissements de constructeurs.
À noter : lors du meeting du Président américain actuel, le montant avancé était de 4,2 milliards de dollars, contre environ 4 milliards dans le communiqué d’Audi.
Côté européen, l’usine de Neckarsulm fait partie des quatre sites allemands de Volkswagen qui pourraient fermer après 2030 avec celle d’Emden au Nord du pays. Audi, dans son communiqué, maintient que l’Allemagne et l’Europe restent l’épine dorsale industrielle de la marque.
Le point de vue de la rédaction
Sur le plan industriel, la démarche d’Audi se comprend : un marché américain devenu stratégique, aucune usine locale, un best-seller (le Q5) pénalisé par les taxes et un nouveau flagship, le Q9, pensé d’abord pour les clients américains. Produire sur place est une réponse logique, même si l’on ne peut pas encore dire qu’elle suffira à redresser des ventes en baisse de 16 % aux États-Unis cette année.
Trois points nous semblent importants à suivre :
• Un projet à long terme. La production n’est prévue qu’au début des années 2030. D’ici là, la politique commerciale, les règles de l’accord USMCA et la demande peuvent changer. Il s’agit pour l’instant d’une intention annoncée, pas d’une usine qui tourne.
• Le sort des modèles « plaisir ». L’usine est annoncée pour de gros SUV premium. Le patron d’Audi of America dit que les breaks ne sont pas un enjeu de volume, tout en saluant le succès de la RS6 Avant. Reste à voir si ces modèles continueront d’être produits en Europe.
• L’équilibre avec l’Europe. Audi répète que l’Allemagne reste l’épine dorsale de la marque, alors que le site de Neckarsulm figure parmi ceux qui pourraient fermer après 2030. Les engagements concrets sur l’emploi européen seront le vrai test.
L’annonce intervient en pleine campagne électorale américaine et la part des droits de douane dans la décision fait l’objet de lectures opposées. Nous nous en tenons ici aux faits et aux enjeux automobiles, et chacun jugera de la portée politique.
Photos : Audi