Porsche SGS 928 Gullwing Strosek : des portes papillon sur la GT de Zuffenhausen

Dans le grand univers du tuning germanique des années 1980-1990, entre les Mercedes 500 SEC Gullwing de Styling-Garage et les Ferrari Testarossa cabriolet de Koenig, une créature reste étonnamment méconnue du grand public : la Porsche 928 SGS Gullwing. Née de la rencontre entre le carrossier hambourgeois Styling-Garage (SGS, alias Design+Technik) et le designer Vittorio Strosek, cette 928 à portes papillon reste l’une des transformations les plus extrêmes jamais infligées à la GT à moteur V8 de Porsche. Retour sur une histoire aussi confidentielle que spectaculaire suite à sa découverte lors du salon Retro Classics Essen 2026.

Deux noms, une même obsession : transformer la Porsche 928
Pour comprendre la SGS Gullwing, il faut d’abord connaître ses deux géniteurs.

Styling-Garage (SGS), installé à Pinneberg près de Hambourg et dirigé par Chris Hahn, s’est fait un nom dans les années 1980 en proposant des conversions « Gullwing » sur des bases inattendues, la plus célèbre étant la Mercedes 500 SEC à portes papillon. Le principe : reprendre une GT de prestige et la doter d’ouvrants verticaux façon Mercedes 300 SL, avec toute la complexité mécanique que cela suppose.

Vittorio Strosek, de son côté, s’était imposé dès 1984 comme l’un des stylistes de référence pour la Porsche 928, avec des kits carrosserie de plus en plus radicaux – élargisseurs d’ailes, boucliers redessinés, ailerons imposants – qui ont marqué l’esthétique tuning de l’époque, jusqu’à habiller des 911 et des 944.

Les deux maisons ont uni leurs savoir-faire pour donner naissance à la « First SGS Gullwing 928 S4 », un projet mené par le carrossier Wille Karosseriebau, déjà responsable de la réalisation des Mercedes SEC Gullwing et des cabriolets SGS.

Une commande japonaise à l’origine du projet
L’histoire commence en juin 1987, lorsqu’un client japonais, Kiminari Kawashima, originaire de Tokyo, passe commande de cette transformation inédite. Quatre mois plus tard, la voiture est achevée et prend le chemin du Japon. Sur place, c’est la société « First Corporation » qui représente Design+Technik/SGS et assure la distribution de ces créations auprès d’une clientèle fortunée et friande d’exclusivité – un marché où les tuners allemands des eighties trouvaient souvent leurs plus beaux débouchés.

Ce premier exemplaire, de couleur rouge, sera suivi d’au moins deux autres voitures : une version noir et or dotée d’un intérieur en cuir doré (et même d’un téléviseur intégré au tableau de bord : rarissime à l’époque !), et une version gris argent plus tardive, probablement assemblée au début des années 1990 (celle en photos).

La prouesse technique : transformer une GT fermée en Gullwing
Faire d’une Porsche 928 – dont le toit participe structurellement à la rigidité de la caisse – une voiture à portes papillon n’a rien d’une simple retouche esthétique. Le toit d’origine devait être découpé, puis une structure en aluminium avait été rapportée pour compenser la perte de rigidité et encaisser les contraintes générées par l’ouverture des lourds ouvrants verticaux.

L’ouverture des portes était confiée à un système hydraulique dédié : les poignées d’origine disparaissaient au profit d’une commande à distance ou d’un bouton intérieur, l’ensemble du cycle d’ouverture ou de fermeture prenant environ cinq secondes. En cas de défaillance hydraulique, une ouverture manuelle depuis l’habitacle restait possible.

Cette seule conversion Gullwing était facturée 78 000 DM en 1987 – soit, à l’époque, de quoi s’offrir une Porsche 911 Cabriolet neuve – sans compter le véhicule de base ni les nombreuses options de personnalisation. Tout compris, la facture totale de la première voiture atteignait 296 000 DM, une somme qui représenterait aujourd’hui largement plus d’un million d’euros.

L’habillage Strosek : du kit « Version III » au très arrondi « Ultra »
Sur le plan esthétique, le premier exemplaire recevait un kit carrosserie Strosek 928 S4 « Version III », une évolution du kit d’origine débarrassée des célèbres bandes latérales façon Testarossa et dotée d’un nouveau bouclier avant. Malgré sa base S4, la voiture conservait l’ancien et imposant aileron arrière ainsi que le becquet de toit signés Strosek. Elle chaussait des jantes BBS RS de 16 pouces, avec en option les caches de roue « stream line » propres à Strosek, tandis que les deux autres exemplaires (noir/or et argent/argent) recevaient d’origine des jantes OZ Futura de 17 pouces.

Les modèles ultérieurs, à commencer par la version argentée, adoptaient le kit Strosek « Ultra », aux lignes nettement plus arrondies et globalement plus abouties. Détail qui résume l’esprit jusqu’au-boutiste du projet : l’échappement de la Gullwing comptait pas moins de huit sorties, quand Gemballa se contentait de quatre sorties sur ses propres 928 et six sur ses 911. Sur la version grise version 2026, les 8 sorties ont laissé place à 2 sorties plus discrètes.

Côté habitacle, chaque exemplaire affichait sa propre identité : sellerie Recaro CSE intégralement rouge et tapis assortis pour la première voiture (une teinte que l’on retrouvait jusque sur le logo « First SGS » frappé au centre du volant), cuir noir sur la version Ultra, ou encore cuir doré et téléviseur pour la variante noir et or. La première Gullwing a d’ailleurs fait la couverture du magazine japonais Genroq en 1988, preuve de son statut de curiosité très recherchée sur le marché nippon. Une troisième silhouette Ultra (la grise argentée) a par ailleurs été exposée au salon d’Essen 1992, sur le stand du fabricant de jantes Azev.

Sous le capot : la base mécanique de la 928 S4
Techniquement, ces Gullwing reposaient sur la mécanique de la 928 S4, avec son V8 4,5 puis 5,0 litres. Les données généralement associées à ces exemplaires font état d’un V8 de 4 957 cm³, culasses à double arbre à cames en tête et trois soupapes par cylindre, pour une puissance annoncée autour de 325 ch à 6 000 tr/min et un couple de près de 430 Nm à 3 000 tr/min, associé à un taux de compression de 10:1. Une base solide, que la transformation Gullwing ne cherchait pas à radicaliser sur le plan des performances : tout l’investissement se concentrait sur la carrosserie, la mécanique des portes et la personnalisation.

Une rareté quasi confidentielle
Contrairement aux Mercedes 500 SEC Gullwing de Styling-Garage, produites en série plus conséquente, la 928 Gullwing version Strosek/SGS demeure une production ultra-confidentielle : trois exemplaires identifiés à ce jour, chacun différent des autres par sa teinte, son kit carrosserie et son intérieur. Cette rareté, conjuguée à la complexité et au coût de la transformation, en fait aujourd’hui une pièce de collection recherchée par les amateurs de tuning « old school » et de Porsche 928 sortant des sentiers battus.

Elle illustre aussi une époque révolue du tuning allemand haut de gamme, où des ateliers comme Styling-Garage, Strosek, Gemballa ou Koenig rivalisaient d’audace technique et stylistique pour séduire une clientèle internationale – japonaise en particulier – en quête d’exclusivité absolue. La Porsche SGS 928 Gullwing en reste l’un des exemples les plus extrêmes, et les plus oubliés.

Photos : Sylvain Richard – 4Legend.com

Sylvain RICHARD: Passionné de tout ce qui roule, vole et flotte.
Related Post