VW Scooter de 1986 : une expérience sur trois roues signée Volkswagen

Deux roues avant motrices, une seule roue arrière montée sur un bras oscillant unilatéral comme sur une moto, des portes papillon : le VW Scooter présenté au salon de Genève en 1986 est l’une des études les plus atypiques de l’histoire de Volkswagen. Avec une possibilité de le passer en production, le Scoorter ne s’agissait pas d’un simple objet de salon : l’idée était de mêler l’agilité d’une moto au confort d’une voiture, dans une approche ultra-économique.

L’idée : une alternative à la voiture sportive et à la grosse moto
Volkswagen a créé la surprise en présentant à Genève le Scooter comme une étude de style dont la particularité saute aux yeux : un engin à trois roues, avec deux roues avant motrices et une roue arrière suspendue à un bras oscillant unilatéral, comme en construction moto.

La moto est le point de départ de la réflexion. L’idée de base des ingénieurs Volkswagen était d’associer la puissance très économique d’un deux-roues au confort sportif d’une voiture. Le Scooter est présenté avant tout comme un objet de recherche sur le style et la dynamique du véhicule en mouvement.

Sur le plan commercial, le constructeur automobile de Wolfsburg souhaitait montrer un style jeune et d’avant-garde pour des voitures de toutes catégories. L’idée était d’en faire un concept de deuxième voiture que tout le monde voudrait avoir comme première voiture.

Design et aérodynamique : un Cx de 0,25
Le coefficient de pénétration dans l’air est jugé exceptionnel pour un véhicule de cette taille. Le Scooter mesure environ 3,17 m de long, 1,50 m de large et 1,24 m de haut. À titre de comparaison, la Polo (Type 86C) de l’époque affichait 3,65 m × 1,58 m × 1,35 m, soit près de 50 cm de plus en longueur.

Son Cx est de 0,25 pour un maître-couple de 1,44 m², soit un SCx de 0,36 m². Ces valeurs sont le fruit d’une collaboration entre les ingénieurs et techniciens des services de recherches Volkswagen et les stylistes de la marque. Le travail en soufflerie a imposé plusieurs solutions :
– des glaces affleurantes ;
– des pare-chocs qui s’intègrent harmonieusement à la carrosserie ;
– des phares et des poignées de porte intégrés.

La configuration à deux roues avant motrices et une roue libre à l’arrière permet une carrosserie en forme de goutte d’eau, ce qui n’est faisable que dans cette configuration idéale à trois roues. Grâce à ces conditions aérodynamiques de base, le Scooter atteint, dans la catégorie des véhicules de 3 m, des performances qui font de lui un mobile économique procurant beaucoup de plaisir.

Deux moteurs pour les essais dynamiques
Les ingénieurs de Wolfsburg ont expérimenté deux versions de moteur. Dans les deux cas, il s’agit d’un quatre-cylindres essence refroidi par eau, monté transversalement devant le train avant, associé à une boîte mécanique à quatre vitesses :
– une version 1,1 l à carburateur, développant 40 ch (29 kW) ;
– une version 1,4 l à injection, développant 90 ch (66 kW).

La technique
Le concept marie une technologie de propulsion VW moderne et éprouvée à une nouvelle conception du train arrière, à bras oscillant unilatéral. Le moteur est placé devant l’essieu avant. La version de base reçoit un quatre-cylindres bridé, alors que la version sport bénéficie de l’injection. La boîte mécanique à quatre vitesses est adaptée à chaque motorisation, et la charge utile est de 210 kg.

Châssis : McPherson à l’avant, bras oscillant à l’arrière
Le train avant est de type jambe de force McPherson. À l’arrière, la roue unique est fixée à un bras oscillant unilatéral.

Les pneumatiques révèlent l’esprit sportif du projet :
– à l’avant : 175/60 VR 13 sur jantes 6J ;
– à l’arrière : 235/55 VR 15 sur jante 7J.

L’empattement est de 2 150 mm, la voie avant de 1 306 mm et le diamètre de braquage d’environ 8,9 m. La répartition de la charge sur les essieux est de 69 % à l’avant et 31 % à l’arrière.

Un train arrière qui s’expose
Le train arrière est très visible. La troisième roue est encadrée par des silencieux d’échappement bien en vue, permettant un bruit caractéristique.

Performances et consommation
Sur les pistes d’essai de Volkswagen à Ehra-Lessien au Nord de l’Allemagne, le Scooter a atteint 160 km/h avec le moteur de 240 ch. Avec le moteur de 90 ch, la vitesse maximale a été atteinte à 201 km/h.

Côté accélération :
– la version 1,1 l passe de 0 à 100 km/h en 14,8 s et tient tête aux voitures de la catégorie moyenne ;
– la version 1,4 l y parvient en 8,5 s, ce qui est impressionnant pour l’époque.

Avec un poids d’environ 550 kg, les consommations restent modestes. En moyenne, Volkswagen annonce 5,2 l/100 km d’essence ordinaire pour la version  40 ch et 6,1 l/100 km de super pour la version 90 ch.

Habitacle : deux sièges juxtaposés et un porte-documents amovible
L’accès aux deux sièges individuels, placés côte à côte, se fait grâce aux portes papillon qui se relèvent et qui sont en plus facilement amovibles. La lunette arrière peut aussi être déposée. Volkswagen y voit un argument pour ceux qui aiment avoir le vent qui leur siffle aux oreilles, avec la promesse d’un engin idéal pour les amateurs d’air frais. Le Scooter tient ainsi de la voiture fermée comme de la moto.

Quelques détails :
– Deux sièges individuels côte à côte, pour faciliter la communication entre les occupants.
– Des appuie-tête sur toute la largeur du siège, qui offrent une sécurité optimale tout en préservant une bonne visibilité vers l’arrière et l’accès à la tablette arrière.
– Des portes très intégrées : poignée de fermeture, poignée de porte et cendrier structurent la séparation dynamique entre les composants, intégrés dans le concept général des sièges et des portes.
– Un tableau de bord en arc de cercle : les instruments sont dans le champ visuel du conducteur, et les commutateurs de forme harmonieuse sont regroupés dans des satellites, dans une zone d’accès idéale.
– Un boîtier détachable côté passager, intégré au tableau de bord (le communiqué précise qu’il peut servir de porte-documents).

Le résultat donne une impression de cockpit, associée à une ergonomie rationnelle (sièges, pédalier, volant, instruments). La conception est à la fois sportive et d’avant-garde.

Les cotes intérieures sont :
– place pour les jambes : 1 030 mm ;
– garde au toit : 955 mm ;
– largeur aux coudes : 1 220 mm ;
– largeur d’habitabilité : 1 100 mm.

Sécurité et homologation
Volkswagen a conçu le Scooter afin qu’il puisse satisfaire à toutes les directives européennes et américaines en vigueur à l’époque. Ce détail est révélateur : le constructeur ne dessinait pas un simple exercice de style sans lien avec la réalité. Le Scooter a satisfait aux essais de collision contre un mur à 50 km/h.

Le constructeur résume ainsi l’esprit du projet : la sécurité de conduite d’une voiture et le plaisir de rouler à moto sont combinés de façon idéale. Ce concept offre aussi une grande maniabilité en circulation et la facilité de rangement sur une place de stationnement réduite, une consommation intéressante, de faibles émissions et un excellent comportement au freinage.

Un projet resté au stade de l’étude
Le Scooter n’a jamais dépassé le stade de l’étude, un objet de recherche. Selon certaines sources, il aurait pu être produit par un spécialiste extérieur comme Karmann, partenaire historique de VW, mais cela ne s’est jamais concrétisé.

Le point de vue de la rédaction
Le VW Scooter est de ceux qui rappellent que Volkswagen n’a pas toujours été la marque sage que l’on imagine. Au milieu des années 1980, alors que la Golf et la Polo dominent le marché européen, Wolfsburg s’autorise une véritable excentricité, et la plus belle surprise est qu’elle est sérieuse.

Ce qui nous frappe dans le VW Scooter, c’est la cohérence de la démarche, bien plus que l’excentricité de la silhouette. La réflexion part de la moto, mais le résultat reste une vraie voiture : deux sièges, un habitacle pensé pour le conducteur. Le choix d’une roue arrière unique sur bras oscillant unilatéral, chaussée d’un pneu large en 235/55 R15, donne à l’engin une allure très singulière, entre deux mondes. Cette configuration à trois roues est justifiée par l’aérodynamique et une technique qui va jusqu’au bout de l’idée, avec des silencieux d’échappement laissés visibles.

Les chiffres sont également parlants. Avec le moteur 1,4 l de 90 ch pour seulement 550 kg, le Scooter affiche un rapport poids/puissance digne des compactes sportives de l’époque, et une accélération en 8,5 s qui le place dans la même famille. À l’opposé, la version de 40 ch, à 3,9 l/100 km à 90 km/h avec un Cx de 0,25, préfigure la voiture ultra-sobre. Cette double lecture, sportive et économique, est ce qui rend le projet passionnant. La forme en goutte d’eau n’était réalisable que dans une architecture à trois roues, ce qui donne au Scooter une vraie raison d’être et pas seulement un parti pris esthétique.

Volkswagen y ajoute des crash-tests à 50 km/h et une conformité aux normes européennes et américaines, ce qui prouve que le projet visait un véhicule crédible.

Reste la question que tout amateur se pose : pourquoi VW n’est-il pas allé plus loin ? Un trois-roues aurait été un pari commercial audacieux pour une marque populaire, et le Scooter aurait probablement trouvé son public auprès des passionnés. Près de quarante ans plus tard, nous en gardons l’image d’un concept attachant, en avance sur son temps, et un vrai bijou pour les collectionneurs de curiosités automobiles.

Photos : Sylvain Richard – 4Legend.com / Volkswagen (archives 4Legend.com)

Sylvain RICHARD: Passionné de tout ce qui roule, vole et flotte.
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