Peter Hess, un ingénieur de précision originaire de Kiel, a concrétisé l’idée d’installer un moteur quatre cylindres de 1,6 litre – issu de la Porsche 356 Super 90 – dans une moto avec des éléments BMW. Le projet a nécessité un investissement important à la fin des années 1970, tant en terme de coûts que de temps.
Un projet né de la passion d’un seul homme
Un fabricant d’instruments originaire de Kiel (Nord de l’Allemagne), un certain Peter Hess, décide de repousser une idée un peu folle jusqu’à sa réalisation concrète : monter un moteur de Porsche 356 Super 90 sur une moto.
Les moteurs Porsche peuvent propulser bien des engins : avions, bateaux, voitures, tracteurs. Alors pourquoi pas une moto ?
L’idée n’est pas totalement inédite dans l’histoire de la moto. Elle rappelle la démarche de Friedel Münch, qui avait scandalisé puis fasciné le monde de la moto dans les années 1960 en installant un bloc automobile de NSU TT dans le châssis de sa légendaire Mammut. Idem chez le constructeur d’Ingolstadt avec la Z02 de 1976 propulsée par un moteur d’Audi 50. Mais chez Hess, la démarche reste artisanale, presque solitaire : un exercice de style personnel plutôt qu’un projet officiel de la marque.
Pour donner vie à sa création, Peter Hess ne part pas de zéro sur l’ensemble du cycle. Il récupère la partie cycle d’une BMW de la fin des années 1970, très probablement une R100RS : on y reconnaît la fourche avant, les freins ATE/ATS caractéristiques et les jantes « flocon de neige » utilisées par BMW avant l’arrivée des étriers Brembo au tout début des années 1980.
Sur cette base, il conçoit un cadre spécifique capable d’accueillir le bloc quatre cylindres à plat refroidi par air de la Porsche 356, alimenté par deux paires de carburateurs Solex simple corps. Au lieu d’un refroidissement par air pulsé, deux radiateurs d’huile ont été intégrés dans un système à double circuit, et la capacité d’huile a été portée de 3,5 à 6 litres.
Pour éviter toute surchauffe des soupapes d’échappement des cylindres arrière, il a prévu un bain d’huile supplémentaire pour celles-ci. Avec ses carburateurs d’origine, le régime moteur était limité à 4 500 tr/min, délivrant une puissance de 60 ch, suffisante pour atteindre 180 km/h. Hess estimait qu’en supprimant ce limiteur de régime, il pourrait porter la puissance à 100 ch à 6 500 tr/min et atteindre une vitesse de 243 km/h.
La force de traction impressionnante de ce moteur à bas régime est transmise à la roue arrière via une transmission par cardan BMW. La fourche provient également de BMW, mais le cadre a été conçu et fabriqué par Hess lui-même.
Par ailleurs, Hess n’est pas le seul à être satisfait du résultat : les inspecteurs techniques allemands, réputés pour leur rigueur, ont validé sa réalisation soignée dès la première présentation.
Ce projet lui a coûté environ 20 000 marks, trois ans et demi de travail et quelques cheveux blancs.
Une pièce unique, restée sans suite
La moto Hess-Porsche de 1980 n’a jamais dépassé le stade du prototype. Porsche elle-même la présente aujourd’hui comme la seule et unique moto à moteur Porsche, un objet plus proche de la curiosité d’atelier que d’un véritable projet industriel. Le constructeur souligne d’ailleurs la parenté d’esprit avec la Münch Mammut, tout en rappelant qu’avec son poids conséquent pour l’époque (300 kg) , l’engin n’était de toute façon pas taillé pour une production en série.
Longtemps restée dans l’ombre, la moto a refait surface en étant exposée depuis juillet 2026 au sein du Porsche Museum. Sa silhouette massive, son bicylindre… pardon, son flat-4 automobile logé dans un cadre de moto, continue d’intriguer les visiteurs qui découvrent son existence.
Un héritage informel chez les préparateurs
Si la Hess-Porsche n’a jamais été commercialisée, elle a durablement marqué les esprits dans la communauté des préparateurs et bricoleurs passionnés. Le principe consistant à greffer un moteur automobile à plat sur dans un cadre de moto a inspiré plusieurs réalisations amateurs au fil des décennies suivantes, perpétuant à leur façon l’esprit de bricolage inventif qui a donné naissance à cette pièce unique en 1980.
Photos : Sylvain Richard – 4Legend.com