Exposition « Formule 1 » : cinquante monoplaces pour raconter 75 ans de légende

Exposition « Formule 1 » : cinquante monoplaces pour raconter 75 ans de légende

Au Musée National de l’Automobile – Collection Schlumpf, l’exposition temporaire « Formule 1 » rassemble jusqu’au 1er novembre 2026 une cinquantaine de monoplaces, des Alfa Romeo d’après-guerre aux Mercedes de l’ère hybride.

Une exposition pensée pour Mulhouse
Du 11 avril au 1er novembre 2026, la Formule 1 s’invite au Musée National de l’Automobile – Collection Schlumpf, à Mulhouse, dans le cadre d’une exposition d’envergure. Cette exposition a été conçue spécifiquement pour Mulhouse, à partir d’un dialogue entre grandes collections institutionnelles, constructeurs, musées internationaux et archives historiques. L’ambition affichée est de présenter la discipline comme un patrimoine industriel et culturel, et pas seulement comme un spectacle sportif.

Le musée revendique par ailleurs la plus grande exposition temporaire consacrée à la Formule 1 en vingt ans dans un musée, avec 50 véhicules accompagnés de maquettes, de moteurs et d’objets emblématiques, et 20 constructeurs et écuries représentés. Les puissances cumulées atteignent 27 500 chevaux, de 65 à 1 030 ch selon les monoplaces, pour des vitesses de 180 à 360 km/h. Ces chiffres donnent une idée de l’écart technique que couvre le parcours.

Un détail important est à souligner : l’exposition est indépendante et n’est pas affiliée à la marque Formule 1. Pouvant être référencée sous le titre « Grand Prix », le nom retenu par le musée est bien « Formule 1 ».

Dix monoplaces à ne pas manquer
Cette exposition temporaire met en avant dix voitures représentant des jalons historiques. Dans l’ordre chronologique, nous trouvons :
– l’Alfa Romeo Tipo 159 « Alfetta » de 1951, associée à Juan Manuel Fangio, champion du monde cette année-là ;
– la Maserati 250F de 1956, pilotée par Fangio, Moss et Behra et considérée comme l’une des plus belles Formule 1 jamais construites ;
– la Matra MS80 de 1969, avec laquelle Jackie Stewart a été sacré champion du monde, la seule Formule 1 française championne du monde à avoir été construite en France ;
– la Ferrari 312 B de 1970, célèbre pour son moteur 12 cylindres à plat et pilotée notamment par Jacky Ickx ;
– la Renault RS10 de 1979, qui a offert à Jean-Pierre Jabouille la première victoire d’une Formule 1 turbo ;
– la Williams FW14 de 1992, monoplace ultra-technologique dotée d’une suspension active, avec laquelle Nigel Mansell a décroché le titre ;
– la Benetton B195 de 1995, qui marque le début de l’ère Michael Schumacher ;
– la Ferrari F2007 de 2007, celle du dernier titre pilotes de la Scuderia, remporté par Kimi Räikkönen ;
– la Red Bull RB8 de 2012, symbole de la domination de Sebastian Vettel et du génie d’Adrian Newey ;
– la Mercedes W11 de 2020, de Lewis Hamilton, décrite comme l’une des monoplaces les plus rapides de toute l’histoire.

À la lecture de cette liste, on mesure la logique : chaque voiture illustre une rupture, qu’il s’agisse de l’architecture, du moteur turbo, de l’électronique ou de l’hybridation.

Un parcours chronologique et thématique
Le parcours alterne grandes séquences historiques, focus sur des voitures et des pilotes majeurs, dispositifs graphiques et audiovisuels, et espaces qui mettent en valeur les lignes et la mécanique. Quatre grandes périodes structurent l’ensemble : les pionniers des années 1950 (Alfa Romeo, Maserati, Ferrari), la révolution des châssis, des moteurs arrière et de l’aérodynamique dans les années 1960-1970, l’ère des turbos et de la professionnalisation dans les années 1980-1990, puis la Formule 1 moderne, faite de sécurité, d’hybridation et de données.

À ce fil historique s’ajoutent douze thèmes qui expliquent la discipline au visiteur : les grandes écuries, les circuits mythiques comme Monaco, Monza, Spa-Francorchamps ou Suzuka, les champions du monde, l’aérodynamique, les moteurs, les pneus, les simulateurs, la fabrication, le corps du pilote, l’armée de l’ombre des équipes, la sécurité et l’environnement.

Les visiteurs y découvrent différentes anecdotes comme : une monoplace compte plus de 80 000 composants, un pilote peut subir 5 à 6 fois son poids en forces G, il peut perdre durant une course jusqu’à 4 kg par déshydratation dans un habitacle dépassant souvent 50 °C, et c’est entre 700 et 1 200 professionnels qui œuvrent derrière chaque voiture.

Fangio à l’honneur, des pilotes aux objets
L’exposition ne se limite pas aux voitures. Elle présente des objets ayant appartenu aux plus grands champions, dont Lewis Hamilton, Michael Schumacher et Max Verstappen : casques, combinaisons, documents d’époque comme des photographies, licences et correspondances, ainsi que des archives audiovisuelles officielles. Le but est de redonner une dimension humaine à des machines que l’on associe d’abord à la technique.

Un espace est spécifiquement consacré à Juan Manuel Fangio, figure fondatrice de la discipline, avec des voitures, des documents et des objets en lien avec le Museo Fangio et la Fundación Fangio. La presse argentine a salué cet hommage, en relevant la présence de l’Alfa Romeo du premier titre de Fangio en 1951 et de la Maserati de son dernier titre en 1957. Pour mémoire, le pilote argentin a remporté cinq championnats du monde entre 1951 et 1957, dont quatre consécutifs.

Un réseau de prêteurs exceptionnel
C’est sans doute le point qui explique la qualité du plateau. Le musée s’appuie sur des constructeurs engagés en Formule 1 (dont Toyota), sur des musées et collections institutionnelles (Alfa Romeo, Ferrari, Louwman, Fangio, Mercedes, BMW, Matra), sur la collection privée Loh, ainsi que sur sa propre collection. Cette collaboration permet de réunir des voitures que l’on voit rarement côte à côte, et ce n’est pas anodin pour un public qui n’a généralement l’occasion de les croiser que séparément, au gré des musées et des rassemblements.

Le commissaire de l’exposition, Pat Garnier, ancien directeur du musée, raconte avoir assisté à 18 ans, en 1967, au seul Grand Prix de France de Formule 1 organisé sur le circuit du Mans, avec un attachement particulier pour Jo Siffert et sa Cooper-Maserati. Il y regrette aussi une ambiance dans les stands qui, selon lui, n’existe plus aujourd’hui. Cette tonalité de passionné se retrouve dans le projet : l’exposition cherche autant à émouvoir qu’à expliquer.

Un musée qui ne manque pas de ressources
Le cadre compte aussi. Le Musée National de l’Automobile est installé dans une ancienne filature de laine peignée de 1880 rachetée en 1957 par les frères Schlumpf, et il abrite plus de 450 véhicules d’exception, dont 426 pièces classées au titre des Monuments historiques dès sa création. Depuis 2022, il a abandonné le nom de « Cité de l’Automobile » pour retrouver son appellation d’origine. L’espace d’exposition temporaire a été remanié et agrandi de 800 à 1 100 m², ce qui a visiblement servi à accueillir un tel projet.

Le musée a reçu 278 000 visiteurs en 2025, mais il fait aussi face à un chantier lourd : il a lancé un appel aux dons de 500 000 euros avec la Fondation du Patrimoine pour restaurer sa toiture du XIXe siècle, une rénovation prévue en 2027. Après chaque gros orage, les équipes doivent déplacer des voitures, et une Formule 1 de l’exposition a déjà dû être mise à l’abri en urgence. L’anecdote rappelle que présenter un tel patrimoine a un coût concret.

Le point de vue de la rédaction
Les expositions F1 à vocation historique sont rares, et celle-ci tient la promesse de son affiche. Le choix de Mulhouse n’a rien d’étonnant : le musée possède déjà ses Gordini, ses Bugatti de Grand Prix et sa Maserati 250F, et il était logique qu’il raconte la suite de l’histoire. La liste des dix voitures phares est cohérente, avec des jalons techniques réellement différents, ce qui permet de lire l’évolution du sport plutôt que de simplement admirer des carrosseries.

On peut toutefois formuler deux réserves. La présence de la Ferrari F2007 ou de la Mercedes W11 plaira surtout aux amateurs de la F1 récente, alors que le cœur du propos se situe davantage du côté des pionniers. Et l’accent mis sur les douze thèmes pédagogiques, très utiles pour les néophytes, risque de paraître un peu scolaire à un visiteur averti qui préférerait passer plus de temps devant les voitures. Reste que pour un amateur d’automobile, retrouver autant de monoplaces réunies sous un même toit, avec la Maserati de Fangio comme point d’orgue, justifie largement le déplacement avant la fin de l’exposition.

Photos : Sylvain Richard – 4Legend.com

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