Festival Bugatti Molsheim 2026 : une édition « Royale » pour les 100 ans de la Type 41

Festival Bugatti Molsheim 2026 : une édition « Royale » pour les 100 ans de la Type 41

Voir une voiture à huit-cylindres centenaire redémarrer dans la rue même où elle a été montée à la main, un siècle plus tôt, est quelque chose d’assez unique. C’est précisément ce que propose chaque année le Festival Bugatti de Molsheim : non pas un musée figé, mais un patrimoine qui roule, pétarade et sent l’huile chaude. Si l’édition 2026, tenue du 3 au 6 septembre, restera dans les mémoires pour la réunion exceptionnelle de trois Type 41 Royale, elle a aussi été l’occasion de voir circuler un nombre impressionnant de Bugatti d’avant-guerre – Type 35, 37, 44, 46 et 57 – véritable colonne vertébrale historique de l’événement organisé depuis 1979 par Les Enthousiastes Bugatti Alsace (EBA).

Molsheim et Dorlisheim, le berceau familial de la marque
C’est en 1909 qu’Ettore Bugatti installe son atelier à Molsheim, en Alsace alors allemande, pour y développer des automobiles obsédées par la légèreté, la précision mécanique et l’élégance de la ligne. Le Festival Bugatti perpétue ce lien intime entre la famille Bugatti et la région : la tradition veut qu’un hommage soit rendu à la famille du fondateur au cimetière de Dorlisheim, village voisin où reposent Ettore et plusieurs de ses proches. Derrière les carrosseries aujourd’hui considérées comme des œuvres d’art mécaniques, c’est bien l’histoire d’un homme, d’une famille et de générations d’ouvriers alsaciens que le rassemblement continue de raconter chaque année.

Un défilé d’avant-guerre au cœur du programme
Le déroulé 2026 a suivi la trame désormais bien rodée du week-end long : accueil des voitures dès le jeudi 3 septembre à l’Hostellerie du Pur-Sang, étapes à Rimsdorf et au Musée du Pays de Hanau le vendredi, rassemblement au Château de Thanvillé le samedi, avant le grand rendez-vous public du dimanche 6 septembre au Parc des Jésuites au centre de Molsheim. Le vendredi matin, après un petit-déjeuner convivial au siège historique de Molsheim en présence des trois Royale Type 41, ce sont pas moins de 70 Bugatti classiques qui ont pris la route pour leur propre circuit à travers l’Alsace – l’écrasante majorité d’entre elles datant de l’ère d’avant-guerre.

Le dimanche, le grand rassemblement du Parc des Jésuites a réuni des dizaines de Bugatti représentant les différents chapitres de l’histoire de la marque, avec un accent marqué sur les modèles historiques :
– un groupe remarquable de Type 35, dont un exemplaire Grand Prix de 1927 ;
– une Type 57 Stelvio de 1934 ;
– une Type 57 C Cabriolet carrossée par Gangloff.

Ces trois voitures ont côtoyé, dans les rues et sur les routes environnantes, des Type 13, 37, 44 et 46 qui composent traditionnellement le plateau du Festival selon les années et les propriétaires présents – les Bugatti historiques n’y sont jamais de simples pièces d’exposition : elles roulent, vivent et font entendre leurs mécaniques sur les routes de la région.

Le village des exposants a réuni, comme le veut la tradition, peintres, libraires, artistes, la boutique de l’EBA ainsi que des institutions partenaires telles que le Musée National de l’Automobile et la Cité du Train de Mulhouse.

La Type 35, la voiture de course la plus titrée de son époque
Difficile de parler de Bugatti d’avant-guerre sans s’arrêter sur la Type 35. Lancée en 1924, elle reste considérée comme l’une des automobiles de compétition les plus abouties et les plus titrées de l’histoire, avec plusieurs milliers de victoires à son actif au cours des années 1920, dont cinq succès consécutifs à la Targa Florio. Sa silhouette immédiatement reconnaissable – calandre en fer à cheval, roues à rayons en alliage léger coulées d’une seule pièce, huit-cylindres en ligne – en a fait une icône du Grand Prix de l’entre-deux-guerres, et sa présence en nombre à Molsheim en 2026, a rappelé pourquoi elle demeure l’un des modèles les plus recherchés par les collectionneurs du monde entier.

La Type 57, l’aboutissement de l’ère Jean Bugatti
Si la Type 35 incarne la compétition pure, la Type 57 représente l’aboutissement du savoir-faire Bugatti sur une automobile de grand tourisme. Développée à partir de 1934 sous l’impulsion de Jean Bugatti, fils d’Ettore, elle a été déclinée en une multitude de carrosseries aux noms évocateurs de sommets alpins – Ventoux, Galibier, Stelvio, Atalante – et a donné naissance à la version suralimentée 57 C, plus puissante et plus rapide. C’est précisément une Type 57 Stelvio de 1934 qui a été distinguée cette année par le « Prix Bugatti Automobiles », tandis qu’une 57 C Cabriolet signée par le carrossier Gangloff – atelier basé à Colmar et habitué historique des châssis Bugatti – complétait le tableau des modèles d’avant-guerre exposés le dimanche.

Le clou du festival : trois Type 41 Royale réunies
L’événement 2026 a marqué les esprits par le retour, dans les rues mêmes où elles ont été conçues, de trois exemplaires de la légendaire Type 41 Royale – sur seulement sept châssis jamais construits et six survivants dans le monde. Toutes trois ont été prêtées exceptionnellement par la Cité de l’Automobile de Mulhouse, qui conserve la plus importante collection de Royale au monde au sein de son fonds Schlumpf d’environ 430 véhicules, dont quelque 150 Bugatti :
– la Coupé Napoléon (châssis 41100), la voiture personnelle d’Ettore Bugatti dans sa version finale dessinée par son fils Jean, dotée d’un toit vitré demandé par son épouse pour observer le ciel étoilé ;
– la Type 41 carrossée par le britannique Park Ward en 1933 (châssis 41131) ;
– la Royale de 1932 (châssis 41111), livrée à l’origine en roadster au magnat parisien de l’habillement Armand Esders, puis recarrossée en coupé de ville par Binder en 1938.

Le rôle des carrossiers dans l’identité pré-guerre de la marque
L’un des aspects les moins connus du grand public, mais essentiel pour comprendre les Bugatti d’avant-guerre présentées au Festival, tient au fait qu’Ettore Bugatti ne livrait généralement que des châssis nus à ses clients les plus fortunés, charge à eux de faire habiller leur voiture par le carrossier de leur choix. Gangloff, mais aussi Weymann, Letourneur et Marchand ou encore Park Ward, comptent parmi les maisons qui ont ainsi donné aux Type 40, 44, 46 et 57 leurs silhouettes si variées – une diversité de carrosseries que l’on retrouve d’ailleurs régulièrement au palmarès des trophées du Festival, comme en témoignent les précédentes éditions récompensant tantôt une Type 57 C Cabriolet Letourneur et Marchand de 1939, tantôt un châssis Type 44 d’usine de 1930 ou une Type 13 de course de 1926.

Les trophées, reflet de cette diversité pré-guerre
La cérémonie de remise des prix, organisée dimanche après-midi au Parc des Jésuites, a une nouvelle fois récompensé cette richesse patrimoniale : la Type 57 Stelvio de 1934 a reçu le « Prix Bugatti Automobiles », la distinction la plus recherchée du week-end, tandis que Christophe Piochon, président de Bugatti Automobiles, s’est vu remettre la « Bretzel d’Or » – une récompense alsacienne prestigieuse, souvent présentée comme l’équivalent régional de la Légion d’honneur, qui fêtait par ailleurs son 50ᵉ anniversaire en 2026.

Le « Petit Tour » des hypercars modernes
En marge du rassemblement historique, Bugatti a organisé pour ses clients propriétaires de modèles récents un « Petit Tour » réunissant une vingtaine d’hypersportives couvrant l’ensemble de l’ère moderne de la marque, de la Veyron et la Chiron jusqu’à la toute nouvelle Tourbillon. Le parcours s’est élancé de l’hôtel YONA à Obernai pour emprunter les routes des vins, cols et forêts d’Alsace, avec des arrêts au domaine viticole Maison Cattin et au Domaine Haslach. Tout au long du trajet, des scènes retraçaient les grandes époques de Bugatti, de l’ère d’Ettore et Jean Bugatti jusqu’à la renaissance de la marque à Molsheim et à ses générations modernes d’hypersportives. La journée s’est achevée par un dîner d’inspiration années 1920 au château, en présence de Christophe Piochon, président de Bugatti Automobiles, et Hendrik Malinowski, directeur général de la marque, les trois Royale servant alors de décor à la soirée.

Un centenaire qui dépasse l’Alsace
Le centenaire de la Royale n’aura pas été célébré qu’à Molsheim : plus tôt dans l’année, le tout premier salon Retro Classics Essen avait déjà accueilli une exposition consacrée à trois autres Royale, disparues et reconstituées pour l’occasion – dont le prototype originel démantelé après l’accident d’Ettore Bugatti en 1931. À Molsheim, en revanche, ce sont des voitures bien réelles et intégralement d’origine qui ont fait le déplacement, une nuance qui compte pour les puristes de la marque à l’éléphant dansant.

Sur le plan industriel, ce Festival intervient alors que 2026 marque aussi un tournant pour Bugatti à Molsheim : la construction du nouvel Atelier se poursuit pour accueillir l’assemblage de la Tourbillon et de sa motorisation hybride avancée, avec une capacité de production doublée et des équipements modernisés. 2026 est également l’année de la séparation de La Marque du Groupe Volkswagen, aujourd’hui à 100 % dans le giron de Rimac.

Le mot de la rédaction
Ce qui frappe, année après année, au Festival Bugatti de Molsheim, ce n’est pas seulement la rareté de certaines pièces exposées, mais la normalité avec laquelle ces trésors mécaniques centenaires sont utilisés : on les conduit, on les gare dans la rue, on les fait tourner au ralenti devant un café. Pour qui s’intéresse aux Bugatti d’avant-guerre – Type 35, 44, 46 ou 57 – Molsheim reste sans équivalent : nulle part ailleurs on ne peut voir autant de ces automobiles réunies dans leur environnement d’origine, sur les routes mêmes qu’elles parcouraient déjà il y a près d’un siècle. Voir sortir des réserves climatisées de la Cité de l’Automobile trois des Bugatti les plus rares au monde, pour les ramener un siècle après leur présentation dans les rues mêmes où tout a commencé, a quelque chose d’un symbole fort. Le Festival Bugatti Molsheim continue de faire vivre l’histoire de la marque hors des vitrines, entre Royale centenaires et hypersportives dernier cri – une cohérence entre passé et présent que peu de constructeurs peuvent revendiquer avec une telle légitimité géographique.

Photos : Sylvain Richard – 4Legend.com

About The Author

Passionné de tout ce qui roule, vole et flotte.

Related posts