
Depuis sa création en 1939 comme atelier de réparation automobile, RUF Automobile GmbH a bâti sa légende sur une idée simple : prendre la Porsche 911 comme base et la pousser bien au-delà de ce que Zuffenhausen envisage. Pendant des décennies, cela s’est traduit par des préparations profondes de 911 existantes – la Yellowbird CTR restant sans doute l’exemple le plus emblématique. Mais en novembre 2004, au Salon d’Essen, RUF change de statut. Le constructeur badois présente la RT 12, sa toute première automobile conçue et assemblée de A à Z sous sa propre homologation, avec son propre numéro de châssis. Ce n’est plus une 911 modifiée : c’est une RUF à part entière, même si la filiation avec la 997 saute aux yeux.

La RT 12 initiale reprend la plateforme de la Porsche 911 (Type 997) et loge un flat-six biturbo maison de 3,6 litres, dérivé d’un bloc M96, développant entre 530 et 550 chevaux. Le succès est immédiat auprès d’une clientèle exigeante, habituée aux CTR et autres BTR, et qui trouve dans cette nouvelle génération une voiture homologuée en propre, réellement personnalisable pièce par pièce selon les souhaits du client – RUF construisant chaque exemplaire à la demande, en très faible série.

L’arrivée de la version S
RUF ne s’arrête pas à la seule RT 12. Le constructeur décline rapidement la recette en plusieurs niveaux de puissance, et c’est la RT 12 S qui vient occuper le haut du spectre à partir de 2009. Officiellement présentée par RUF comme « la nouvelle dimension du plaisir de conduire », la RT 12 S troque le 3,6 litres initial pour un flat-six biturbo RUF porté à 3,8 litres, qui développe 685 chevaux (504 kW), pour un couple maximal de 880 Nm. Le moteur est accouplé à une boîte de vitesses manuelle à 6 rapports conçue par RUF. La vitesse maximale était annoncée par RUF à 360 km/h.
Visuellement, la RT 12 S se distingue de la Porsche 911 Turbo dont elle est issue par une face avant redessinée avec des feux à LED séparant position et clignotants, un discret aileron arrière en carbone à bord de fuite, des ouïes d’air intégrées dans des ailes arrière élargies pour alimenter les turbocompresseurs, et des rétroviseurs extérieurs directement empruntés à la RUF CTR3. L’ensemble roule sur des jantes en alliage forgées de 19 pouces, montées à l’avant comme à l’arrière, et s’arrête grâce à un système de freinage à disques céramiques.

L’habitacle passe également par l’atelier RUF : sièges baquets très enveloppants ou sièges sport plus confortables, volant dont la préhension optimisée, et un large choix de finitions en peinture, aluminium ou carbone pour personnaliser la planche de bord et les contre-portes selon les souhaits de chaque client.
Autre signature RUF, un arceau de sécurité intégré au pavillon fait partie de l’équipement de série de la RT 12 S – une allusion directe à la vocation semi-sportive de la voiture, que confirme également le rapport de sixième allongé proposé sur certaines configurations. Son prix était de 255 900 € HT.
Selon les années de production, les chiffres de puissance de la RUF RT 12 S varient légèrement (de 685 à environ 694 ch pour certains exemplaires révisés ultérieurement par RUF), chaque voiture ayant été construite à la spécification du client. La version R, sommet de la gamme RT 12 introduite en 2011, revendique quant à elle 730 chevaux et 940 Nm de couple.

Le point de vue de la rédaction
Ce qui frappe avec la RUF RT 12 S, ce n’est pas seulement la performance brute – largement dans les standards des super-sportives de son époque – mais la philosophie qui la sous-tend. RUF ne se contente pas de reprendre une Porsche 911 Turbo et d’en booster l’électronique moteur : le bloc biturbo est développé en interne, la boîte est maison, le châssis est retravaillé, et chaque exemplaire porte sa propre identité de fabricant. C’est cette approche de constructeur à part entière, plutôt que de simple préparateur, qui distingue RUF de la plupart des ateliers gravitant autour de Porsche.
La RT 12 S s’inscrit aussi dans une période charnière pour la marque : elle prépare le terrain à la RT Roadster, unique en son genre, puis à la RTR qui prendra sa suite sur base de Type 991 à partir de 2013. Avec une poignée d’exemplaires produits sur toute la carrière de la RT 12 – treize au total selon les estimations généralement admises pour le modèle dans son ensemble, toutes variantes confondues – la RUF RT 12 S reste aujourd’hui une pièce rare et recherchée par les collectionneurs, en particulier lorsqu’elle conserve son historique d’entretien d’origine RUF. Comptez plus de 550 000 euros pour cet exemplaire.
Photos : Sylvain Richard – 4Legend.com





