
Du 24 au 27 septembre 2026, la Messe Dortmund a accueilli la première édition de l’ancien Techno Classica d’Essen, désormais rebaptisée « Techno Classica Salon ». Grands habitués depuis 25 ans, nous y avons fait le déplacement afin de découvrir ce salon dédié à l’automobile ancienne plein de surprises, comprenant également des motos, des tracteurs, des camions et même des bus.

Pourquoi Dortmund ? Retour sur la fin de l’ère Essen
L’événement est né en 1989 sous l’impulsion de l’organisateur SIHA. Il s’est d’abord tenu dans les halls de l’actuel parc des expositions (Messe) de Essen en Allemagne, alors appelée Gruga-Hallen. Le Techno Classica s’y est déroulé chaque printemps de 1989 à 2025 et ce fut le plus grand salon européen dédié aux véhicules anciens. Malheureusement, ce salon incontournable a perdu de sa grandeur après le Covid.
La rupture s’est jouée en 2024. La Messe Essen a écarté SIHA et a confié à l’agence évènementielle Retro Messen GmbH, créatrice du salon Retro Classics de Stuttgart, l’organisation d’un nouveau Retro Classics Essen en avril 2026. Le Techno Classica avait aussi perdu de gros exposants comme les constructeurs automobiles Volkswagen, Audi, Porsche, Lamborghini, BMW et Mercedes. Certains médias allemands évoquent « une collaboration devenue difficile ». Aucune des deux parties n’a détaillé publiquement les raisons du divorce, et il faut donc rester prudent sur ce point.
La 35e et dernière édition du Techno Classica d’Essen s’est tenue du 9 au 13 avril 2025. Le 23 septembre 2025, SIHA a officialisé la poursuite de l’aventure avec le « Techno Classica Salon » à Dortmund. Janine Franssen, dirigeante de SIHA, a justifié ce choix par l’ancrage de l’événement dans la Ruhr, où l’organisateur voulait rester.

Un nouveau concept : « qualitatif plutôt que quantitatif »
Un format resserré : SIHA annonçait 42 000 m² en intérieur et 8 000 m² en extérieur, avec la possibilité de s’agrandir de 25 000 m² à l’avenir. L’événement occupait les halls 3 à 8 et passait de cinq jours à quatre, afin d’alléger la charge financière des exposants. Le choix du mois de septembre n’est pas anodin : le calendrier des salons / foires allemandes sont très chargées au printemps et proposer deux salons concurrents à la même période n’aurait pas été une bonne stratégie.
Trois univers ont fait leur apparition : Historic Rallye World, Pre-War Classic Garden et Super Sport Cars & Youngtimers. Ce dernier visait explicitement un public plus jeune, féru d’automobile et disposant d’un pouvoir d’achat élevé.

Les nouveaux formats :
– Le Car Walk : une présentation dynamique de véhicules sélectionnés, à la fois en mouvement et sur scène, pour les faire vivre plutôt que de les exposer à l’arrêt.
– Le Concours d’Élégance : il revenait dans une version élargie, avec un jury junior qui décernait son propre prix et un vote du public pour désigner le temps fort du salon.
– Le Future Classics Award : une nouveauté, votée pour la première fois par le public, qui récompensait des voitures de moins de 29 ans, soit approximativement à partir de 1997.
– Une Event Night réservée aux exposants, pour le réseautage.
Ce qui n’a pas changé : les clubs ont continué de bénéficier d’un espace d’exposition gratuit tandis que le marché des pièces détachées, de documentations / livres et de miniatures est resté au cœur de l’événement. Plus de 100 clubs ont participé, récompensés par un « Club Grand Prix » pour les stands les plus créatifs.

Célébration de divers anniversaires
De nombreux jalons importants de l’histoire automobile ont été célébré :
● 70 ans de la Citroën ID
● 70 ans du Bugatti Club Deutschland
● 100 ans de Maserati
● 125 ans d’Opel sportives
● Exposition spéciale de modèles Mercedes-Benz break extraordinaires
● Véhicules utilitaires historiques rares

Dans les halls 3 à 8, de nombreuses autres pièces de collection rares et fabrications spéciales attendaient les visiteurs :
● Carrossier SGS : Le projet « City Fun » basé sur la Mercedes-Benz W 201 ainsi qu’un spectaculaire Shooting Brake basé sur la série 126;
● Rosier : Une spectaculaire Mercedes CLK DTM ainsi qu’une 190 Evo 2 modifiée selon les spécifications DTM,
● Oldtimerfarm a exposé pas moins de 15 Ferrari, dont trois Testarossa et trois 550 Maranello, ainsi qu’une Ferrari 575 Superamerica.

Une première édition différente de celle d’Essen
Lors de la visite le samedi matin, la fréquentation semblait à vue d’œil bien en dessous de la foule habituellement observée à Essen lors des précédentes éditions et dans un parc des expositions plus grand. Cela était agréable de ne pas être collé aux autres visiteurs. Au fil de la découverte des divers halls, le salon semblait bien fréquenté sans être bondé, et la tonalité était très positive chez les marchands, les clubs et les visiteurs. Les clubs avaient toutefois nettement allégé l’effort consacré à leurs stands, mais on ne voyait pas de surfaces vides à dissimuler, contrairement à ce qui avait été constaté au Retro Classics d’Essen en avril 2026.
Dans un passé encore proche (avant Covid), de nombreux constructeurs automobiles réservaient des halls entiers afin de mettre en avant leur patrimoine et des clubs. Le Groupe Volkswagen avait son hall dédié avec diverses marques (Audi, Volkswagen, Bentley, Porsche, Lamborghini, Skoda, Bugatti et l’Autostadt), tout comme Mercedes-Benz et BMW. Les exposants venaient de presque tous les pays d’Europe afin d’exposer leurs véhicules et leurs produits, notamment de France, Belgique, Royaume-Uni, Pays Bas, Italie, Espagne, Luxembourg, Pologne.

Les temps forts côté véhicules :
– Une Porsche 911 (Type 993) Carrera S bleu turquoise, revenue du Japon avec seulement 26 500 km, proposée à un prix d’exportation net de 294 000 €.
– Une Volkswagen Phaeton W12 de 2004, en noir animée par le W12 de 420 ch.
– La Volkhart V2 Sagitta, une carrosserie aluminium aérodynamique sur châssis de Coccinelle, mesurée à un Cx de 0,217.
– La Mercedes 190 E SGS Cityfun, raccourcie de 45 cm, présentée à Genève en 1984 puis longtemps considérée comme disparue, dévoilée restaurée.
– Une Fiat Panda 30 de 1983, restaurée « body off » et affichée à 15 000 €.
– Un prototype Renault Twingo Y2K électrique, issu de la collection d’usine Renault et vendu aux enchères par Artcurial.
– Une Ferrari F512 M affichée à 900 000 €, ainsi que trois BMW 507 côte à côte.

Le bilan officiel : une « première émouvante et réussie »
À la clôture du salon, le 27 septembre 2026, SIHA a publié un communiqué résolument enthousiaste, saluant une première « hautement réussie et émouvante ». L’organisateur met en avant une affluence importante, une excellente ambiance et un accueil très positif sur les réseaux sociaux, présentant ce repositionnement en salon plus compact, exclusif et communicatif comme un pari stratégique gagnant pour toute la filière.
Un public international et solvable : au-delà des visiteurs régionaux et nationaux, SIHA revendique la présence de professionnels et de collectionneurs venus de toute l’Europe pour acheter, échanger et réseauter. Les marchands rapportent une forte demande, avec environ 150 ventes de voitures de collection confirmées, toutes catégories de prix confondues. Ce salon se distingue par un segment haut de gamme particulièrement actif, tandis que les acheteurs de véhicules milieu de gamme se sont montrés très attentifs à la qualité.

Divers prix ont été décernés dont :
– Best of Show : une Ferrari Lusso blanche, présentée par la Galerie Aaldering.
– Future Classics Award (première édition, vote du public) : une Boldmen CR4, présentée par Gesellschaft für Mittelstandsleasing.
SIHA affirme avoir déjà de nombreuses promesses de participation pour 2027, y compris d’exposants absents cette année. La prochaine édition est annoncée du 23 au 26 septembre 2027. Des ajustements restent à prévoir, notamment au niveau de la signalétique au sein de la Messe Dortmund.

Le point de vue de la rédaction
Cette première édition a tenu sa promesse, celle d’un salon plus modeste mais cohérent. Le nom « Salon » a habilement calibré les attentes, et l’événement a évité l’écueil des halls à moitié vides. Les quelque 150 ventes confirmées et l’attention portée à la qualité côté acheteurs sont un signal économique concret, au-delà du satisfecit de communication.
Les faiblesses relevées sur le terrain restent d’actualité : peu de constructeurs présents en direct, des stands de clubs moins nombreux et plus sobres qu’à Essen, et un rayonnement international à reconstruire au-delà de l’Europe. Mais avec la scène animée, les nouvelles thématiques et surtout l’ouverture aux youngtimers et aux futurs classiques, le salon répond à un vrai enjeu de renouvellement du public.
Il faut aussi retenir que la scène allemande s’enrichit d’un rendez-vous supplémentaire : Essen et Dortmund coexistent désormais, à cinq mois d’intervalle. Rendez-vous est pris pour 2027 afin de voir si Dortmund confirme l’essai.
Photos : Sylvain Richard – 4Legend.com




























































































































































































