Volkswagen Coccinelle 1200 Export de 1955 – La millionième Beetle sortie d’usine à Wolfsburg

Volkswagen Coccinelle 1200 Export de 1955 – La millionième Beetle sortie d’usine à Wolfsburg

Le 5 août 1955, l’histoire industrielle allemande de l’après-guerre s’écrit une nouvelle fois à Wolfsburg. Sous les yeux de plus de 100 000 personnes réunies pour l’occasion – collaborateurs, familles et invités, la millionième Volkswagen produite depuis la reprise de la fabrication en 1945 franchit les portes de l’usine. Et ce n’est pas n’importe quelle Coccinelle : pour marquer symboliquement l’événement, le constructeur habille cette Käfer du millionième exemplaire d’une livrée exceptionnelle, aux antipodes de la sobriété qui caractérise habituellement la production de série.

Une Coccinelle taillée pour la fête
Cette Volkswagen anniversaire se distingue immédiatement par sa peinture or métallisé, une teinte spécialement choisie pour l’occasion et qui n’a rien à voir avec les coloris habituels du catalogue. L’habitacle reçoit une garniture en brocart rouge, un choix résolument festif, tandis que tous les joints d’étanchéité du véhicule sont réalisés en caoutchouc naturel blanc plutôt que dans le noir traditionnel. Détail plus surprenant encore : le soubassement de la caisse, généralement laissé en noir, est ici peint en blanc. Pour parachever cette parure de fête, des strass viennent rehausser les ornements extérieurs de la voiture, qui rayonne littéralement sous les projecteurs de la cérémonie.

Sous ce vernis de circonstance, la mécanique reste toutefois fidèle à celle du modèle de série 1200 Export de 1955 : un quatre-cylindres à plat (moteur boxer) de 1 192 cm³, développant 30 ch (22 kW) à 3 400 tr/min, pour une vitesse de pointe de 110 km/h. À sa sortie d’usine, ce modèle de série s’affichait à 4 600 marks allemands.

Du prototype Porsche à l’icône planétaire
L’histoire de cette Coccinelle jubilaire ne peut se comprendre qu’en la replaçant dans la trajectoire globale du modèle. Tout commence entre 1935 et 1940, lorsque Ferdinand Porsche développe la Volkswagen – la « voiture du peuple » – dont le principe doit permettre la motorisation de masse des ménages allemands. La production en série démarre véritablement en 1945 à Wolfsburg, dans une Allemagne à reconstruire. Dix ans plus tard, le cap symbolique du millionième exemplaire est atteint, incarné par cette Beetle dorée du 5 août 1955.

La suite est connue : la production allemande de la Coccinelle se poursuit jusqu’en 1978, date à laquelle la dernière Käfer quitte les chaînes de l’usine d’Emden. Mais l’histoire du modèle ne s’arrête pas là pour autant, puisque la production se perpétue au Mexique, à Puebla, où la Coccinelle continue d’être assemblée jusqu’en 2003 – clôturant ainsi 58 années de carrière ininterrompue, de 1945 à 2003. Au total, ce ne sont pas moins de 21 529 464 exemplaires qui auront été produits, un chiffre qui place la Coccinelle parmi les modèles automobiles les plus fabriqués de l’histoire.

Un symbole du miracle économique allemand
Au-delà de la prouesse industrielle, la Volkswagen Käfer occupe une place à part dans l’histoire sociale allemande. En démocratisant l’accès à l’automobile individuelle, elle a rendu mobile toute une génération et accompagné, dans les années 1950, l’essor économique de l’Allemagne de l’Ouest. Ce millionième exemplaire doré, aujourd’hui conservé et présenté au public à l’Autostadt, n’est donc pas seulement une curiosité esthétique : c’est le témoin d’un tournant, celui où la Coccinelle bascule du statut de simple utilitaire populaire à celui de symbole du Wirtschaftswunder, le « miracle économique » de la Nachkriegszeit (période d’après-guerre).

Le point de vue de la rédaction
Ce qui frappe dans cette Coccinelle anniversaire exposée à l’Autostadt de Wolfsburg, c’est le contraste assumé entre la sobriété fonctionnelle qui a fait le succès populaire de la Beetle et la débauche d’ornements réservée à cet exemplaire unique. Volkswagen aurait pu se contenter de sortir un millionième exemplaire strictement identique aux autres ; le choix inverse – une robe dorée, des strass, un intérieur de gala – en dit long sur l’importance que le constructeur accordait à ce cap symbolique en pleine reconstruction du pays. Plus de soixante-dix ans plus tard, cette voiture reste un jalon incontournable pour comprendre comment un modèle pensé dans les années 1930 a fini par devenir l’un des plus grands succès commerciaux de l’histoire de l’automobile.

Photos : Sylvain Richard – 4Legend.com

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