VW T3 Caravelle Oettinger de 1987 : un mini-bus à moteur six cylindres

VW T3 Caravelle Oettinger de 1987 : un mini-bus à moteur six cylindres

Alors que les Volkswagen T3 passent généralement inaperçus, certains se démarquent comme le VW T3 Caravelle préparé par Oettinger. Sous une carrosserie de Caravelle grise, en apparence sage, se cache l’un des Combi les plus radicaux jamais assemblés sur la base du T3 : un modèle de 1987, propulsé par un six cylindres à plat de conception quasi-Porsche, préparé par le préparateur officieux de Volkswagen, Gerhard Oettinger, et habillé par le carrossier Kamei.

Un projet né chez Volkswagen, achevé chez Oettinger
L’histoire commence en interne, chez Volkswagen. Dès le début des années 1980, l’idée d’un six cylindres pour le Combi T3 circule dans les bureaux d’études de Wolfsburg : le quatre cylindres Boxer refroidi par air puis par eau, hérité de la lignée Coccinelle, montre ses limites face à un Combi de plus en plus utilisé comme véhicule de tourisme haut de gamme. Le projet est développé jusqu’à un stade avancé, avec un bloc six cylindres à plat dont l’architecture doit beaucoup à celle du moteur de la Porsche 911. Mais les prévisions de volumes sont jugées trop faibles pour une industrialisation en interne, et Volkswagen renonce.

C’est là qu’intervient Oettinger. Partenaire de longue date du constructeur pour ses séries spéciales, la maison de Friedrichsdorf reprend le dossier en 1984 et le mène jusqu’à la maturité commerciale sous l’appellation WBX6 (Wasserboxer 6 cylindres). Le résultat, présenté publiquement à l’IAA de Francfort en 1985, est un bloc de plus de 3,2 litres capable, selon les réglages retenus, de délivrer entre 140 et 180 chevaux suivant les versions et les années de production – cet exemplaire de 1987 revendique 140 ch, quand les versions les plus poussées grimperont jusqu’à 3,7 litres et 180 ch en fin de carrière. Chaque Combi WBX6 est construit à la commande, à la main, avec les options souhaitées par le client : aucun exemplaire n’est strictement identique à un autre, et la production totale se compte en quelques centaines d’unités seulement sur toute la période.

Kamei à la carrosserie, Puch à la transmission intégrale
Sur cet exemplaire particulier, le nom de Kamei accolé à celui d’Oettinger n’est pas anodin : l’équipementier allemand, connu pour ses kits carrosserie et ses accessoires, a signé l’habillage extérieur – bas de caisse, spoilers et jantes qui distinguent ce Caravelle d’un modèle de série, sans jamais sombrer dans l’ostentatoire. La philosophie reste celle d’un euphémisme très germanique : un Combi qui ne paie pas de mine au premier regard, mais qui est motorisé par un six cylindres développant un couple d’une berline de luxe.

Le châssis, lui, doit sa motricité à Steyr-Daimler-Puch, le partenaire autrichien de Graz chargé depuis 1985 du montage final des VW T3 Syncro à transmission intégrale. Le système, piloté par un accouplement visqueux répartissant le couple entre les essieux avant et arrière, permet à ce « Bus-Bomber » de conjuguer la puissance d’un six cylindres avec une motricité sur tous types de sols – un mariage rarissime à l’époque, et qui explique en grande partie la légende entretenue autour de ces modèles auprès des collectionneurs actuels.

Un véhicule cher et fortement équipé
Facturé 169 149 marks à sa sortie d’usine – soit près de deux fois et demie le prix d’une Porsche 911 de l’époque, le véhicule ne vaut plus, en 1993, qu’environ 50 000 marks sur le marché de l’occasion, malgré une estimation DAT (l’équivalent allemand de la cote Argus) qui le situe plutôt autour de 65 000 marks. Cela représente une dépréciation annuelle de l’ordre de 24 000 marks, à la mesure d’une pièce d’exception construite en onze mois sur commande.

L’équipement embarqué témoigne du même soin porté au détail que la mécanique : une glacière intégrée pour garder les boissons au frais, un climatiseur dont le compresseur se love dans un compartiment moteur pourtant particulièrement exigu compte tenu de l’encombrement du six cylindres à plat, une sellerie cuir, une installation téléphonique embarquée et une finition intérieure proche de celle d’un salon cossu.

Le point de vue de la rédaction
Ce qui frappe dans ce modèle vieux de plus de trente ans, ce n’est pas seulement la rareté mécanique du véhicule – un six cylindres à plat dans un Combi Volkswagen reste, aujourd’hui encore, une anomalie technique fascinante – mais le symbole d’un âge d’or du sur-mesure allemand. En parallèle du rare modèle Porsche B32, Oettinger a repris un projet abandonné par Volkswagen faute de volumes suffisants et en a fait un objet de niche absolu, construit à la main, pour une clientèle capable de payer l’équivalent de deux Porsche 911 pour un monospace avant-gardiste. Ajoutez-y la transmission intégrale façon Syncro et l’habillage Kamei, et l’on obtient un véhicule qui, aujourd’hui, ferait figure de pièce de collection de tout premier plan sur le marché des T3 – bien loin, en valeur, de la dépréciation qu’il subissait encore au début des années 1990. Ce modèle était d’ailleurs en vente lors du salon Retro Classics Essen 2026 à près de 80 000 euros, avec 152 000 km au compteur.

Photos : Sylvain Richard – 4Legend.com

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