27 juin 2022

Vector M12 – Une supercar à V12 Lamborghini mettant fin à un rêve

Vector M12 – Une supercar à V12 Lamborghini mettant fin à un rêve

La Vector M12 est le résultat final d’une folle histoire rocambolesque d’un constructeur automobile américain lancé par Gerald Wiegert : Vector. Produite de 1995 à 1999, cette supercar made in america est motorisée par un V12 Lamborghini de 499 ch, ses performances et son design n’ont pas du tout été à la hauteur des promesses tout comme sa qualité médiocre, ne trouvant pas son public.

Histoire de Vector
Les débuts de Vector remontent au début des années 1970. Gerald «Jerry» Wiegert, un ingénieur de l’industrie automobile avec une expérience de consultant technique chez chacun des trois grands constructeurs de Detroit (Chrysler, Ford et General Motors), a eu l’idée folle de vouloir concurrencer Lamborghini, Porsche et Ferrari en développant et commercialisant sa propre supercar américaine au design futuriste et aux technologies inspirées de l’aéronautique. Il fonda ainsi sa société en 1971 – Vehicle Design Force – en s’associant à Lee Brown, un expert en carrosserie automobile bien connu.

The Vector
Son premier projet de supercar remonte à 1972 via la réalisation d’une maquette non roulante d’un véhicule au style accrocheur et futuriste : The Vector, dévoilé au salon automobile de Los Angeles 1972. Gerald Wiegert avait déclaré : « Je voulais être pilote de chasse, mais ma vue n’est pas assez bonne. J’ai donc décidé de construire un avion de chasse pour la route. » Face à l’intérêt des visiteurs de ce salon, il s’est lancé dans le développement de sa première supercar roulante.

Prototype W2
En 1978, un second modèle plus abouti et fonctionnel a vu le jour : la W2 (W en référence à Wiegert et 2 désignant les 2 turbos du moteur V8 de 5,7 l d’origine Chevrolet développant 600 ch / 800 Nm). Son design était clairement inspiré du concept car Alfa Romeo Carabo de 1968 dessiné Marcello Gandini, alors responsable du design chez Bertone et papa des Lamborghini Miura et Countach. Suite à l’accueil positif des médias, Gerald Wiegert a poursuivi son projet durant quelques années.

Ce premier véhicule roulant repose sur un châssis semi-monocoque en aluminium, habillée par une carrosserie faisant appel à de la fibre de carbone et même à du kevlar. Sa conception a fait appel à des technologies issues de l’aéronautique. Ne pouvant pas encore financer la production de son véhicule, il a roulé avec sa W2 sur plus de 160 000 km afin de la peaufiner et trouver les fonds nécessaires.

Création de Vector Aeromotive
Quelques années plus tard, en 1989, la société Vector Aeromotive a été créée à Wilmington en Californie. Les débuts du nouveau constructeur américain étaient difficiles : difficulté de trouver des fonds mais aussi procès intenté par Gerald Wiegert contre le fabricant de pneumatiques Goodyear, qui avait lancé un pneu utilisant le nom Vector. Au final, il gagna le procès et obtenu un dédommagement de Goodyear afin d’utiliser son nom Vector.

Vector W8 Twin Turbo
Après la construction et les essais de deux modèles prototypes (une évolution de la W2), le premier exemplaire de série a été lancé en 1989 : la Vector W8 Twin Turbo. Motorisée par un moteur V8 biturbo (en position transversale) de 6,0 litres de 625 ch accouplé à une boîte de vitesses automatique à 3 rapports GM TH425 fortement modifiée, cette supercar utilisait des technologies les plus avancées et des matériaux de pointe. Des composants de qualité aérospatiale ont été utilisés pour la construction. La carrosserie incorporait de la fibre de carbone, du Kevlar et de la fibre de verre pour une rigidité structurelle optimale. Les performances de la Vector W8 impressionnaient avec une vitesse de pointe de 389 km/h, supérieure à celle de la Porsche 959 et même à celle de la Ferrari F40.

Les coûts de production importants ont fait grimper le prix de vente du véhicule jusqu’à 490 000 dollars en 1990. La cible de départ a changé et le manque d’image du constructeur n’a pas aidé à attirer des clients traditionnels de ce type de véhicules à ce tarif.

Malgré des technologies de pointes et des performances au rendez-vous, les clients ne se battaient pas pour la commander. Le principal client était le prince Khalid d’Arabie Saoudite avec 3 exemplaires commandés. Au total, entre 17 et 19 modèles ont été vendus entre 1989 et 1993. L’extravagante Vector W8 a été un succès auprès des adolescents du monde entier, certains ayant le poster dans leur chambre comme avec la Countach dans les années 1980.

Afin de gagner en notoriété, des coups médiatiques ont été réalisés afin de mettre en avant la supercar : apparition dans le film « Soleil Levant » (1993) avec Sean Connery ou prêt au joueur de tennis André Agassi s’affichant à ses côtés.

Vector Avtech WX-3 & WX-3R
Au début des années 1990, des problèmes financiers ont malmené Vector. Alors proche de la faillite, Gerald Wiegert a dévoilé deux nouveaux véhicules (sous forme de prototypes) au salon automobile de Genève 1993 : les Vector Avtech WX-3 (coupé) et WX-3R (roadster). Le moteur V8 est passé à 7,0 litres, offrant trois niveaux de puissances : 600 ch (V8), 800 ch (V8) et 1 200 ch (V8 bitiurbo). Malheureusement, Wiegert n’aura jamais eu la chance de terminer ses nouveaux projets.

Rachat par MegaTech
Ces deux modèles n’ont pas eu le temps de voir le jour pour la série, Vector ayant été récupérée en 1993 par le fond d’investissement indonésien MegaTech (basée dans un paradis fiscal réputé des Bermudes), le même qui avait acheté Lamborghini à Chrysler en 1994 pour 40 million de dollars. Cette société était assez controversée, l’actionnaire principal étant Tommy Suharto : fils du président « dictateur » indonésien Haji Mohamed Suharto. Lors du salon de Genève 1993, MegaTech a pris le contrôle de la société Vector Aeromotive en achetant un maximum d’actions disponibles afin de devenir l’actionnaire majoritaire, évinçant par la suite Gerald Wiegert de la direction.

À son retour du salon de Genève 1993, il a été soudainement conduit dans la salle du conseil d’administration de sa société pour une réunion impromptue. Sous l’influence évidente de MegaTech, le conseil d’administration de Vector lui a demandé d’abandonner son rôle de PDG de la société et d’assumer le poste de responsable du design de Vector. Wiegert a clairement refusé et a été poussé à la porte. Très rapidement MegaTech a souhaité mettre la WX-3 en production.

Jerry Wiegert ne s’est pas laissé faire et a attaqué MegaTech en justice, perdant la propriété de la marque tout en récupérant les locaux en Californie et les prototypes WX3 car il avait protégé une partie de son travail via des brevets.

MegaTech a transféré le siège de la nouvelle société Vector Motors Corporation du Sud de la Californie vers la banlieue de Jacksonville, en Floride, où la nouvelle société Vector Aeromotive était hébergée dans les mêmes installations que les opérations Nord-américaines de Lamborghini. MegaTech venait en effet d’acquérir Lamborghini auprès de Chrysler et espérait utiliser ces deux entreprises pour créer des supercars américano-italiennes.

Gerald Wiegert a tout de même réalisé son rêve : avoir sa propre marque automobile et avoir construit et vendu ses propres supercars. Cette première page de Vector s’est tournée avec la construction de seulement deux prototypes W8 et de 17/19 voitures client supplémentaires.

Vector M12 – Une Lamborghini Diablo re-carrossée
L’impossibilité d’utiliser la WX3 par Vector Aeromotive a mis MegaTech dans le pétrin, car ils n’avaient plus de voiture à vendre. Vector a ainsi fait appel au designer Peter Stevens qui s’est fortement inspiré du concept WX-3 de Genève 1993 en se basant sur la voiture phare de Lamborghini suite au rachat en 1994 du constructeur automobile italien par MegaTech. Le produit disgracieux de cet arrangement est apparu en 1994 sous le nom de M12, permettant à MegaTech de sauver son investissement.

La Vector M12 a fait ses débuts au salon automobile de Detroit en 1996 et avait des traits inspirés de la WX-3 coupé. Basée sur un châssis Lamborghini Diablo modifié, la M12 a repris le moteur V12 de 5,7 l de la Lamborghini Diablo. La différence avec la Diablo est la position centrale du moteur, devant la boîte de vitesses manuelle ZF à 5 vitesses plutôt que derrière elle comme dans la Lamborghini. Sa puissance de 499 ch (367 kW) et 576 Nm de couple permettent de propulser la supercar via les roues arrières sans aucune aide, rendant sa conduite très virile. Le moteur Lamborghini en position longitudinale était moins onéreux pour la production en série que le V8 biturbo de la Vector W8, offrant également de moins bonnes performances. Le 0 à 100 km/h est atteint en moins de 4,8 s et sa vitesse de pointe est de 304 km/h. La M12 pèse 60 kg de plus que le Diablo et ne produit pas plus de puissance, la rendant ainsi moins performante que sa cousine italienne.

Côté design, c’est plus que discutable avec un design disproportionné. En raison du V12 monté longitudinalement (et non plus en transversal), la voiture est beaucoup plus longue que le concept de 1993, ayant un impact important sur son apparence disgracieuse.

L’intérieur est assez raffiné, utilisant des pièces Lamborghini de l’ère Chrysler, avec une finition plus proche d’une Lada que celle d’une Porsche. L’essai de Jeremy Clarkson pour Top Gear lors de sa sortie résume bien la voiture et permet de comprendre le manque d’intérêt d’acheter cette voiture. Selon lui, le contrôle de la qualité était comparable à celui d’une «centrale électrique bulgare».

Le magazine Autoweek l’a désignée « la pire voiture jamais testée ». En plus de ses performances en retrait par rapport à la W8 et son design raté, son prix de 189 000 dollars freinait, MegaTech ayant pourtant positionné la M12 à 50 000 dollars de moins que la Diablo afin d’être plus attractive.

La production de la Vector M12 s’est étalée de 1995 à 1999 avec un total de seulement 14 modèles de série vendus à des clients et 3 modèles de pré-production. La production de la M12 s’est terminée en 1999 lorsque Vector rencontrait des soucis de trésorerie, ne pouvant pas payer Lamborghini pour la mise à disposition des moteurs. MegaTech ayant vendu en 1998 Lamborghini au Groupe Volkswagen et notamment à Audi, les financiers du constructeur allemand se sont rendus compte de cet absence de paiement et ont arrêté de fournir les moteurs V12. Sans autre option, MegaTech aurait offert une Vector W8 invendue en guise de paiement à Lamborghini.

Lamborghini aurait accepté, mais aurait été immédiatement poursuivie par Gerald Wiegert, qui était en fait le propriétaire légitime de la voiture. Wiegert aurait gagné contre Lamborghini et aurait exigé que sa propriété lui soit restituée. Lamborghini aurait refusé et, à ce jour, la Vector W8 serait toujours entre les mains de la marque au taureau de combat.

La Vector M12 du Sultan de Brunei
Cette Vector M12 de 1999 est la 12ème des 14 voitures de production. Ce modèle a été spécialement conçue et fabriquée pour le Sultan de Brunei : extérieur noir et intérieur rouge.

Vector M12 ASR GT2 – Engagement raté en compétition
Afin de redorer son blason, Vector a engagé en 1998 un modèle en compétition automobile afin de mettre en avant ses performances dans des courses GT2 aux États-Unis. L’un des modèles de pré-production a été utilisé afin d’en faire une voiture de course : la Vector M12 ASR. Pour cela American Spirit Racing a été chargée de faire la voiture de course en y installant notamment des systèmes de suspension et de freinage améliorés. Le poids a été réduit de 500 kg, passant à 1 160 kg.

Du côté du moteur, de petites modifications ont été nécessaires afin de booster le V12 et dépasser les 499 ch pour son engagement en GT2. Après quelques tests minimes, elle a été engagée pour la première fois en catégorie GT2 aux 12 Heures de Sebring 1998 par Jon Lewis et pilotée par Bill Eagle (USA) et Dorsey Schroeder (USA). Elle a rapidement connu des soucis mécaniques, devant abandonner tout en ratant les qualifications (33ème place).

Elle a ensuite été engagée par American Spirit Racing à la course de Las Vegas avec le même équipage : nouvel abandon à cause d’une surchauffe du moteur. Ce modèle a ensuite été inscrit à trois autres courses durant la même année via Jon Lewis : Homestead (absente), Road Atlanta (abandon suite à un problème de boîte de vitesse) & Minneapolis (absente).

Ces problèmes de fiabilité ont rapidement mis fin à ses ambitions sportives, MegaTech n’ayant plus les moyens de financer la compétition automobile.

Vector SRV8
La voiture de course a ensuite été de nouveau convertie à la fin des années 1990 en SRV8 devant remplacer la M12 avec le retour de Gerald Wiegert suite à la faillite de Vector après l’abandon par MegaTech. Ce showcar a reçu un moteur V8 Chevrolet LT1 de 5,7 l, couplé à la célèbre boîte de vitesses manuelle à 5 rapports de Porsche : la G50. Une puissance de 1 200 ch était annoncée.

Présentée au début des années 2000, cette ultime Vector devant relancer la marque était un échec né, notamment de par son design et l’utilisation de phares fixes empruntés à la Nissan 300ZX. Quelques jours à peine après la présentation de la SRV8, Vector a fermé ses portes pour de bon, clôturant une histoire passionnante de l’automobile.

Vector WX-8
Gerald Wiegert a tenté de revenir en 2007 au Salon de Los Angeles en dévoilant la WX-8 pouvant développé 1 800 ch mais son design « spécial » ressemblant à l’avant à une Chevrolet Camaro à laquelle on aurait greffé des phares de Toyota Supra MK4.

Photos : Vector / RM Sotheby’s / Barrett Jackson / DR – Vidéo : Top Gear

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