Essai du pneu hiver Bridgestone Blizzak LM005 sur 30 000 km : mauvaise surprise

Essai du pneu hiver Bridgestone Blizzak LM005 sur 30 000 km : mauvaise surprise

Pour la saison hivernale 2024-2025, un nouveau test de pneus hiver a été réalisé en conditions réelles et en toute indépendance (pneus achetés) avec un nouveau véhicule conduit au quotidien : un CUPRA Formentor VZ e-hybrid de 2024, développant 245 ch. Le pneu homologué en première monte étant le Bridgestone Turanza T005, le choix naturel s’était porté sur sa version hivernale : le Bridgestone Blizzak LM005 en 245/40 R19 98V. Lancé en 2019, le Bridgestone Blizzak LM005 est un pneumatique hiver conçu pour les voitures particulières et les SUV afin d’affronter la saison froide en toute sérénité, notamment sur la neige et en conditions humides. Bridgestone promet des performances au-dessus des concurrents premium mais après 30 000 km parcourus en Europe centrale durant 7 mois, la conclusion n’est pas aussi positive avec une mauvaise surprise à la fin.

Un pneu hiver premium
Commercialisé en 2019, le Bridgestone Blizzak LM005 est un pneumatique hiver conçu pour les climats hivernaux doux à modérés en Europe. Il s’était classé lors d’un test de pneumatiques hiver réalisé par le TÜV SÜD en seconde place en terme de performances du freinage sur neige, de traction sur neige et du freinage sur glace.

Comme le pneu été Bridgestone Turanza T005 (en monte d’origine sur le Cupra Formentor en 235/40 R19), le Blizzak LM005 s’est également vu attribuer la meilleure performance de sa catégorie en matière d’adhérence sur sol mouillé et de freinage. Il s’agissait en 2019 du pneu hiver le mieux classé pour le freinage et les virages serrés selon les tests TÜV SÜD et le premier pneu hiver à obtenir le label européen A en adhérence sur sol mouillé pour toute sa gamme.

Ses performances sont le fruit d’une technologie de pointe en matière de pneumatiques, avec une synergie ultramoderne entre matériaux composites et design de la bande de roulement améliorant l’adhérence sur la surface de la route.

Le pneu est fabriqué à partir du composé Nano Pro-tech de Bridgestone, qui contient une teneur élevée en silice pour des performances accrues par temps de pluie et de neige. La silice permet au pneu de rester souple même à très basse température, garantissant une traction maximale. L’utilisation de la nouvelle technologie de mélange de composés nano-sélectifs de Bridgestone pour améliorer la dispersion de silice du pneu s’ajoute à son comportement robuste pour donner au Blizzak LM005 des performances parfaitement cohérentes dans toutes les conditions hivernales.

La bande de roulement a également été conçue pour affronter toutes les conditions hivernales. Davantage de rainures latérales améliorent le mécanisme d’excavation du pneu sur la neige et la glace et optimisent la pression de contact des blocs d’épaulement du pneu lors du freinage. Un vide accru au centre de la sculpture est appliqué pour améliorer le drainage de l’eau et le piégeage de la neige. L’utilisation d’un motif de rainure en zigzag améliore l’adhérence entre la neige dans les rainures et la neige sur la route.

La conception des lamelles 2D du Bridgestone Blizzak LM005 au centre, la conception des lamelles 3D à l’épaule et des rainures latérales se combinent pour offrir une meilleure adhérence dans des conditions verglaçantes. Sur les tailles plus larges du pneu, des rainures longitudinales sont utilisées pour maximiser le drainage de l’eau. C’est notamment le cas sur la monte de la CUPRA Formentor.

Avec ces caractéristiques techniques et les bons retours à divers tests, le choix s’est naturellement porté sur ce pneumatique prometteur afin de le tester de manière intensive sur les routes de France, d’Allemagne et de Suisse.

Un essai intense sur 30 000 km
Pour la saison d’essai 2024-2025 (de octobre à avril), changement de monture pour un SUV hybride rechargeable au caractère sportif : un Cupra Formentor VZ e-hybrid développant 245 ch et équipée de jantes en 19 pouces montées de pneus en 245/40 R19 94W.

Cette monte propose un grand choix de pneumatiques été, hiver et 4 saisons, permettant de choisir le pneu qui correspond au mieux à ses attentes (performances, prix, longévité). N’ayant pas eu d’expérience de conduite avec des pneus Bridgestone en monte hivernale et ayant des pneus d’origine Bridgestone lors de la livraison de la CUPRA Formentor neuve en avril 2024, le choix a rapidement été fait.

Roulant beaucoup tout au long de l’année, notamment en Europe centrale, mes divers véhicules sont équipés de pneus adaptés aux saisons (pneus hiver de l’automne à la fin de l’hiver; pneus été pour le printemps et l’été).

Les trajets effectués sont assez variés : trajets quotidiens pour aller au travail, longs trajets mêlant départementales, nationales et autoroutes, balades durant les week-ends, vacances et divers déplacements professionnels. Tous types de routes sont empruntées, du petit chemin de campagne et forestier aux routes montagneuses à forts dénivelés (Suisse, France) en passant par les autoroutes en Allemagne à hautes vitesses (en toute légalité sur des portions sans limitation).

Ces dizaines de milliers de kilomètres sur divers types de routes, altitudes et conditions climatiques m’ont permis de me faire une réelle expérience du comportement de ce pneu hiver.

Les conditions routières ont toutes été rencontrées dans un climat d’Europe centrale : des températures douces, une chaussée humide voire des pluies diluviennes avec de nombreuses zones d’aquaplaning, un temps chaud (plus de 20°C en hiver), des chutes de neige, une chaussée entièrement enneigée voire verglacée, des températures négatives et parfois en dessous de -10°C, …

A l’état neuf, les pneus Bridgestone Blizzak LM005 se sont rapidement montrés performants et rassurants avec la baisse des températures durant l’automne et les nombreuses averses rendant la conduite plus éprouvante. La voiture garde bien sa trajectoire – notamment en virage, même sur des surfaces sujettes à de l’aquaplaning (en restant à vitesse constante et en maintenant bien le volant).

Le freinage sur route mouillée est très bonne avec un bon maintien de la direction et avec des distances de freinage assez courtes, même à hautes vitesses sur autoroute. L’eau est parfaitement évacuée par les différentes rainures des pneumatiques hiver. En cas de fortes averses, la voiture roulant derrière ne s’aventurait pas trop près, sinon c’était le nuage d’eau en plein parebrise issu de l’évacuation des pneus.

Que cela soit à l’automne, en plein hiver et au début du printemps sur chaussée sèche, les pneus se comportent parfaitement bien. La direction est précise et le grip est très bon, notamment en départ arrêté et lors d’une forte accélération. Le pneu reste assez discret en terme de bruit sur divers revêtements routiers, ce qui est un bon point.

Côté conduite très hivernale avec du verglas, des routes enneigées et de la neige fondue, Bridgestone offre via son pneu un grip assez bluffant, notamment lors de démarrages en côte et de freinages au-delà de 50 km/h.

La tenue de route sur chaussée bien enneigée avec de la neige tassée est très positive, notamment en virage serré sur les routes alpines. Le grip sur la neige fraiche permet de passer où des pneus 4 saisons atteignent leur limite, notamment en pente et en démarrage en côte.

Les différentes lamelles de la bande de roulement jouent parfaitement leur rôle, notamment quand le pneu à moins de 20 000 km d’utilisation (environ 5-6 mm de gomme restante). La traction sur les roues avant, même avec le boost électrique du véhicule hybride, est toujours bonne, mais tout en ne dépassant pas certaines limites qui amènent à un patinage des roues.

En-dessous d’environ 4,5 mm d’épaisseur de gomme restante (sur les roues avant), l’efficacité et le plaisir de conduite laissent place à quelques frayeurs et parfois une perte de contrôle du train avant notamment sur chaussée mouillée et sur de la neige tassée.

Le pneu commence à perdre progressivement en efficacité : patinages de plus en plus réguliers en accélération sur chaussée mouillée, floue de la direction sur des zones d’aquaplaning, freinages moins endurants, pertes légères d’adhérence sur la neige. Certes le véhicule est sportif, mais ces pneus sont aussi prévus pour des véhicules de ce type.

Ce n’est pas non plus catastrophique mais cela demande un peu plus de vigilance lors de la conduite alors qu’auparavant l’efficacité était bien présente en toutes circonstances.

Sur route sèche, l’adhérence reste similaire qu’auparavant avec de bonnes distances de freinage et une stabilité dans les changements de direction.

Une fois le témoin de 4 mm de gomme restante atteint (limite légale en Autriche et préconisée par de nombreux fabricants de pneumatiques afin de changer les pneus pour une sécurité et des performances optimales), les pneus avant ont commencé à se désagréger. C’est assez surprenant, d’autant que j’essaye des pneus depuis plus de 15 ans sans avoir rencontré une seule fois cette mésaventure.

Plus les kilomètres passent, plus des morceaux de gommes se détachent, laissant apparaître des trous au centre de la bande de roulement.

Les pneus ayant été fabriqués la 33ème semaine de 2024 (mi août 2024 – DOT 3324), ils étaient neufs et très récents lors de leur installation. Au bout de 6 mois d’utilisation et 25 000 km parcourus, leur autodestruction a débuté (cf photo ci-dessus) : craquelures dans les rainures de la bande roulement et détachement de lamelles en zigzag.

Sur la neige, une plus faible efficacité s’est ressentie, à la fois en plaine qu’à la montagne. Les distances de freinage s’allongeaient et le grip diminuait tout comme la précision dans le volant.

A moins de 4 mm de gomme restante, ses qualités routières commencent à réellement se dégrader mais restent encore correctes avec une baisse du grip sur chaussée très humide (un peu de sous-virage) et sur sol enneigé. Le pneu garde une bonne qualité directionnelle mais la distance de freinage s’allonge.

Sur la neige et chaussée verglacée, le grip latéral est mis à défaut et une plus grande anticipation est de mise.

Sur ce pneu comme d’autres pneus hiver, dès le témoin des 4 mm atteint, il faut penser à les changer. Sur route sèche, ils peuvent encore être utilisés, mais ce n’est pas recommandé en cas de forte pluie où la prudence sera de mise. Les pneus doivent être vérifiés en terme d’usure égale et de sculptures.

L’usure est néanmoins restée uniforme sur la bande de roulement de l’ensemble des pneus au bout de 30 000 km : moins de 4 mm sur les pneus avant et 6 mm sur les pneus arrière.

Avis
Après plus de 30 000 km parcourus, les arguments avancés par Bridgestone ont pu être vérifiés et validés en grande partie. L’excellente performance sur sol mouillé du Blizzak LM005 est confirmée avec une très bonne tenue de route et notamment lors de phases de freinage. La réponse en virage est assez bonne, rendant la conduite agréable et notamment en mode sportif CUPRA.

Sur chaussées enneigées, ce pneu offre un très bon comportement en terme de grip notamment lors d’accélération, de freinage et même en virage. Sur la glace, il n’est en revanche pas miraculeux. A faible vitesse, l’accroche est bonne, apportant un sentiment de sécurité.

Pour une utilisation intensive et plus extrême en montagne ainsi que dans des contrées plus lointaines et froides, des pneus nordiques sont à privilégier offrant un meilleur grip via leurs composés spécifiques.

Sur sol sec, le pneu se comporte parfaitement, offrant un très bon confort et une bonne réactivité.

L’utilisation en zones urbaines (notamment à Berlin ci-dessus) est assez agréable avec un bruit sonore contenu. Cela s’est vérifié plus facilement en conduite 100% électrique.

La tenue de route est très bonne, avec une bonne accroche, même en forte accélération. En bref, il offre une performance équilibrée en période hivernal. Ses nombreuses victoires lors de divers tests réalisées en Europe sont bien confirmées.

Malheureusement, ce pneu hiver est loin d’être parfait. La barre des 25 000 km franchie et proche du témoin d’usure des 4 mm (indiquant 4 mm de gomme restante sur les 8 mm en état neuf), les problèmes ont commencé. La promesse de longévité n’a pas été tenue avec une dégradation exceptionnelle et importante de certaines lamelles de la bande de roulement. Ces dernières se sont progressivement détachées/arrachées, laissant des cavités vides dans la bande de roulement. Les performances ont commencé à se dégrader.

Seuls les pneus avant étaient concernés, les pneus arrière s’usant beaucoup moins, notamment sur un modèle à traction. Est-ce le fait du redoux avec des températures plus chaudes à partir de mars, est-ce le couple important sur les roues avant en mode hybride et CUPRA, est-ce un problème de conception ? La réponse reste en suspend, mais après des échanges dans le milieu des pneumatiques, ce problème semble connu et vécu par d’autres utilisateurs de ce pneu hiver. Dommage car pour le reste, il se place en haut du classement par rapport aux pneus premium de son époque.

Ne comptez pas faire plus de 30 000 km sans les intervertir à chaque saison hivernale afin d’uniformiser l’usure entre l’avant et l’arrière. La barre des 40 000 km est possible en les permutant tous les 10 000 km. Au final, deux pneus sont bons pour la poubelle, les 2 autres pouvant encore être utilisés quelques milliers de kilomètres en les surveillant.

En 2024, Bridgestone a dévoilé son remplaçant, le Bridgestone Blizzak 6 Enliten. Espérons que les ingénieurs aient amélioré cette faiblesse qui n’est pas à prendre à la légère.

Photos : Sylvain Richard – 4Legend.com

About The Author

Passionné de tout ce qui roule, vole et flotte.

Related posts