
Il y a quelque chose d’un peu ironique, et de parfaitement beau à la fois, à voir des centaines de Coccinelles et Combi Volkswagen envahir chaque année les rues de Molsheim. Car Molsheim, c’est avant tout la ville de Bugatti. C’est ici qu’Ettore Bugatti fonda son entreprise en 1909, dans une ancienne teinturerie, pour y sculpter des automobiles alliant beauté, performance et innovation. Des bolides racés, taillés pour les circuits, conçus pour la clientèle la plus fortunée d’Europe. À l’opposé absolu, en apparence, de la petite voiture du peuple imaginée par Ferdinand Porsche quelques décennies plus tard. Et pourtant, chaque mois de mai, les deux univers se retrouvent dans la même ville alsacienne, et l’alchimie prend.

Du 15 au 17 mai 2026, pour la 19e année consécutive, Molsheim a accueilli le rassemblement de véhicules aircooled VW et Porsche au cœur de la cité de la passion automobile. Le Cox Show. Un nom simple, direct, qui dit tout et ne dit rien à la fois, jusqu’à ce qu’on l’ait vécu.

Tout commence au début des années 2000 avec une poignée de passionnés strasbourgeois réunis au sein d’un club à l’étrange nom : l’Indépendance Cox. La première édition, organisée conjointement avec la ville de Molsheim, n’attira que 104 voitures. Un début modeste. Qui aurait parié, ce week-end-là, que l’événement deviendrait ce qu’il est aujourd’hui ? Avec plus de 900 véhicules réunis en 2025, le Cox Show sort du lot de par son cadre somptueux, son ambiance et ses animations. Il est aujourd’hui le plus important rassemblement de Coccinelles en France en termes de concentration de véhicules, et le second plus grand événement de la ville de Molsheim dans l’année en termes de fréquentation.

Pour l’édition 2026, plus de 700 véhicules (VW & Porsche à moteur refroidis par air) ont fait le déplacement sur la place de l’Hôtel de Ville et dans les rues alentour – des modèles d’époque minutieusement restaurés aux exemplaires conservés dans leur jus en passant par des modèles personnalisés et transformés. Et c’est précisément cette diversité qui rend l’événement si singulier. Ici, la Coccinelle (Cox) rutilante fraîchement sortie d’une restauration à cinq chiffres voisine sans complexe avec la Cox fatiguée, aux portières qui raclent et au tableau de bord craquelé par le soleil. Les deux ont leur place.

La Coccinelle est incontestablement l’une des automobiles les plus emblématiques et intemporelles du XXe siècle. Présentée pour la première fois en 1938, elle suscite un engouement immédiat grâce à son design compact, son élégance et son moteur révolutionnaire, refroidi par air et placé en porte-à-faux arrière. Imaginée par Ferdinand Porsche, ce véhicule légendaire incarne l’innovation et l’accessibilité. L’idée était révolutionnaire dans sa simplicité : concevoir une voiture que tout le monde pourrait s’offrir, conduire, et entretenir soi-même. Ce moteur 4 cylindres à plat, aussi appelé « flat-four », offrait une fiabilité impressionnante et une facilité d’entretien qui plaisait beaucoup aux propriétaires. Le fait qu’il soit refroidi par air le rendait particulièrement adapté aux climats chauds et aux régions où les systèmes de refroidissement liquide auraient eu du mal à fonctionner.

C’est ce moteur, avec son chant caractéristique, son ronronnement sec et pétaradant qu’on ne confond avec rien d’autre, qui donne son nom à l’événement : aircooled. Refroidi par air. Une philosophie autant qu’une technique. Le moteur boxer 4 cylindres de Volkswagen a accompagné plus de 50 ans d’histoire de la Coccinelle, mais aussi de nombreux autres modèles de la marque. Avec plus de 21 millions d’unités produites, la Coccinelle est l’une des voitures les plus anciennes et les plus produites au monde. Ce chiffre vertigineux explique pourquoi on en croise encore partout sur les routes, et pourquoi elles continuent de susciter un attachement émotionnel que peu d’automobiles peuvent revendiquer.

Au Cox Show, on trouve bien sûr la Coccinelle dans toutes ses versions et toutes ses humeurs. Mais aussi le Combi VW dans ses déclinaisons les plus diverses (du T1 au T3), la Karmann Ghia avec ses lignes de carrosserie dessinées en Italie, le Buggy VW, la VW Type 4, VW Kübelwagen de la Seconde Guerre Mondiale et la VW 181 Kübelwagen. C’est ainsi tout l’univers Volkswagen vintage qui est célébré. Les Porsche à moteur refroidi par air sont également de la partie – VW-Porsche 914 & Porsche 356, rappelant les liens génétiques et historiques qui unissent les deux marques, nées du même génie.

Le programme s’étire sur trois jours intenses. Le vendredi, les participants ont été accueillis pour une après-midi de détente et de swap meet, avant une soirée musicale. Le samedi monte d’un cran : animations toute la journée, swap meet, cruising dans les alentours de Molsheim, dégustation et visite de cave vinicole, puis soirée concert. Le dimanche enfin, le grand meeting investit le plein centre-ville pour une journée d’animations, de concerts sur deux scènes, et la cérémonie du Top 10 et du Best of Show.

Le Best of Show, justement. Lors d’une édition précédente, il avait été attribué à une Cox split modèle 1951 de couleur marron foncé. De longues années avaient été nécessaires entre le regroupement des pièces et la restauration de la voiture que l’on croyait sortie de la chaîne d’assemblage. Des histoires comme celle-là, il en existe des dizaines au Cox Show. Des voitures sauvées in extremis d’une casse, reconstruites pièce à pièce dans un garage de province, conduites jusqu’à Molsheim au prix d’une légère angoisse mécanique sur l’autoroute. Ces récits-là sont l’âme de l’événement.

Le swap meet mérite une attention particulière. Pendant tout le week-end, dans une atmosphère de marché aux puces spécialisé, collectionneurs et vendeurs proposent des pièces détachées, des accessoires d’époque, des objets de collection et des curiosités mécaniques introuvables dans le commerce ordinaire. C’est l’occasion de dénicher le carburateur manquant, la poignée de portière exacte, le klaxon d’époque ou le bouton de radio d’origine. Une chasse au trésor pour mécanos nostalgiques.

Ce rendez-vous attire des exposants venus de toute l’Alsace et bien au-delà. Collectionneurs privés, clubs automobiles et professionnels de la restauration se donnent rendez-vous pour partager leur passion commune. Des plaques minéralogiques allemandes, belges, suisses, néerlandaises se mêlent aux françaises sur les voitures garées en rang sur la pelouse du stade ainsi que dans les rues de la ville. L’esprit aircooled qui anime ces rassemblements est fait de partage, de nostalgie et de passion mécanique, avec l’occasion unique d’admirer des restaurations méticuleuses, de chiner des pièces rares et de partager des conseils techniques.

Ce n’est pas simplement de la nostalgie, même si elle est bien présente. Ce n’est pas non plus uniquement de la mécanique, même si le savoir-faire est réel et exigeant. C’est plutôt un rapport au temps, une façon de dire que certaines choses valent la peine d’être préservées, réparées, aimées. Que la lenteur, parfois, est une forme de sagesse. Que le bruit d’un moteur boxer à l’air libre, au milieu d’une place alsacienne un samedi de mai, est l’une des petites musiques qui rendent le monde légèrement plus supportable.

Un week-end complet dédié à la passion VW, avec ambiance, rencontres, musique, cruising et bonne humeur – le Cox Show de Molsheim est bien plus qu’une exposition de vieilles voitures. C’est un rituel de printemps alsacien, une communion entre des générations de passionnés autour d’un ronronnement de moteur refroidi par air qui ne ressemble à aucun autre.
Photos : Sylvain Richard – 4Legend.com


























































































































































































































































