Porsche 356 C 1600 « Spiegel » : quand Gustav Troger transforme une icône en miroir

Porsche 356 C 1600 « Spiegel » : quand Gustav Troger transforme une icône en miroir

Sur un salon de voitures anciennes comme le Techno Classica Salon 2026, la plupart des 356 se distinguent par leur couleur d’origine, leur patine ou leur historique. Celle-ci renvoie l’image de tout ce qui l’entoure, visiteurs, stands et éclairages compris. Cette Porsche 356 C 1600 Coupé « Spiegel » recouverte de miroirs est une œuvre d’art à part entière, signée de l’artiste autrichien Gustav Troger. Cette Art Car se résume par une formule : « Kunst trifft Klassik », l’art rencontre la voiture classique.

Un artiste qui met le monde en miroir
Gustav Troger est né en 1951 en Styrie, dans le sud-est de l’Autriche. Depuis 1997, il recouvre des objets très divers de fragments de miroir, qui forment une nouvelle peau extérieure. À Graz, dans l’église St. Andrä, il a habillé l’autel en 2001, puis un pilier de la nef, et plus tard un crucifix du maître-autel en 2014.

Son travail sur les surfaces réfléchissantes est reconnu à l’international. Il interroge la perception, l’identité, les structures sociales et la relation entre l’objet et son environnement. Il s’est aussi mis lui-même en scène sous les traits du « Mirrorman » : son costume-miroir de 2008 s’inspirait du costume en feutre créé en 1970 par Joseph Beuys.

Une œuvre de 2003 : « This Is Not A Car »
L’installation a été réalisée en 2003 et présentée la même année à Graz. Sur le site de l’artiste, elle porte le titre « This Is Not A Car », clin d’œil à Magritte. Une fois le véhicule entièrement recouvert de miroirs, reste-t-il une voiture ou devient-il une sculpture ? Elle a ensuite été exposée à la galerie Art Ist de Klagenfurt, où elle a beaucoup attiré l’attention.

Dans le vocabulaire de l’artiste, la Porsche 356 a été intégrée à l’œuvre comme une sculpture « Mirror Displacement », c’est-à-dire un objet dont la présence est déplacée et redistribuée par le miroir. On retrouve ce titre dans d’autres pièces de Troger, comme Mirror-Displacement #90 (2010), un simple bâton de bois recouvert de fragments de miroir.

La base : une Porsche 356 C 1600 de 1964
Sous les miroirs se trouve une authentique Porsche 356 C 1600 Coupé de 75 ch, millésime 1964, numéro de châssis 131821. Elle a été livrée neuve aux États-Unis. Elle est équipée d’une sellerie en similicuir noir, d’appuis-tête, de phares antibrouillard, de ceintures de sécurité et d’un autoradio Blaupunkt Köln.

Point essentiel pour les puristes : selon le certificat Porsche, la voiture est en configuration « matching numbers ». Sous l’œuvre d’art se trouve donc une 356 C authentique, cohérente avec son historique d’usine.

La Porsche 356 C, produite de 1963 à 1965, marque l’aboutissement de la lignée. Elle conserve la silhouette du Coupé et reçoit des freins à disque sur les quatre roues, et le moteur 1600 de 75 ch en constitue la version d’accès. Que Gustav Troger ait choisi cette voiture n’a rien d’anodin : la 356 est l’une des premières sportives à avoir accédé au statut d’icône, et son galbe se prête très bien à une peau de miroirs.

Le principe de l’œuvre
Les carreaux de miroir sont fixés avec une colle industrielle. Ils se prolongent dans l’habitacle noir, où ils recouvrent aussi le tableau de bord. Le miroir gagne donc l’intérieur, et la voiture disparaît presque entièrement derrière ses reflets. On perçoit surtout l’environnement déformé par les facettes des carreaux, et la silhouette de la 356 ne ressort que par les courbes que dessinent ces reflets.

Le point de vue de la rédaction
Cette 356 C recouverte de miroirs divisera forcément les puristes. Pourtant, elle reste une vraie Porsche de 1964, aux numéros concordants selon le certificat, et l’intervention de Troger n’a pas transformé une épave : elle a donné un second statut à une voiture identifiée et documentée.

Surtout, elle fait ce que les 356 restaurées à l’identique ne font plus : elle arrête les visiteurs, même ceux qui ne connaissent pas Porsche. Reste une question sans réponse : que collectionne-t-on ici, une voiture de 1964 ou une œuvre de 2003 ? La voiture en vente lors du Techno Classica Salon 2026 s’affiche à un prix au-dessus de 400 000 euros.

Photos : Sylvain Richard – 4Legend.com

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