Bugatti EB 16.4 Veyron Concept de 2000 : la dernière étude avant la Veyron de série

Bugatti EB 16.4 Veyron Concept de 2000 : la dernière étude avant la Veyron de série

Avant de devenir en 2005 la première voiture de série au monde à franchir la barre des 1 000 chevaux et des 400 km/h, la Bugatti Veyron 16.4 a connu une longue gestation faite d’études de style successives et d’un virage technique décisif. Parmi ces jalons, le concept EB 16.4 Veyron – dérivé direct de l’EB 18/4 Veyron dévoilée à Tokyo en octobre 1999 – marque le moment où Bugatti abandonne le moteur W18 pour adopter le W16 quadri-turbo qui équipera la version de série. La Bugatti EB 16.4 Veyron Concept est une réalisation sophistiquée qui s’inspire de l’ADN classique de la marque Bugatti. L’héritage sportif de la marque se reflète dans le nom donné à ce modèle : Pierre Veyron, pilote d’usine Bugatti qui, aux côtés de Jean-Pierre Wimille, a remporté les 24 Heures du Mans en 1939.

Une renaissance pilotée par Ferdinand Piëch
L’histoire commence en 1997. Ferdinand K. Piëch, alors président du Groupe Volkswagen, imagine à bord d’un Shinkansen, lors d’un voyage au Japon, un moteur 18 cylindres en configuration W destiné à ressusciter la marque Bugatti, dont Volkswagen rachète les droits en mai 1998. L’ambition est claire : produire une automobile capable de dépasser les 400 km/h tout en conservant le confort et le raffinement attendus d’une grande routière.

Pour donner corps à cette vision, Ferdinand Piëch confie à Giorgetto Giugiaro, chez Italdesign, la réalisation d’une première étude. Le coupé Bugatti EB 118, présenté au Salon automobile Paris en septembre 1998, inaugure ainsi le fameux W18 atmosphérique de 6,3 litres et 555 ch, associé à une transmission intégrale permanente. Il est suivi en mars 1999, au Salon de Genève, par la berline quatre portes Bugatti EB 218, qui reprend la même architecture mécanique dans un registre plus imposant, dans l’esprit des anciennes Type 41 Royale.

Le tournant sportif : de l’EB 18/3 Chiron à l’EB 18/4 Veyron
En septembre 1999, à l’IAA de Francfort, Bugatti opère un changement de cap radical avec l’EB 18/3 Chiron, dessinée par Fabrizio Giugiaro. Le moteur W18 quitte l’avant du véhicule pour une position centrale arrière, donnant naissance à une pure supercar biplace, hommage au pilote maison Louis Chiron.

Un mois plus tard à peine, en octobre 1999, le salon automobile de Tokyo accueille la Bugatti EB 18/4 Veyron, dernière étude de style avant la voiture de série. Fait notable, sa conception n’est plus signée Italdesign mais réalisée en interne par le centre de style du Groupe Volkswagen, sous la direction de Hartmut Warkuß, avec une carrosserie dessinée par le jeune designer Jozef Kabaň. Les proportions se resserrent, la silhouette devient plus compacte et athlétique : les lignes définitives de la future Veyron de série s’y dessinent déjà clairement.

Le nom choisi rend hommage à Pierre Veyron (1903-1970), ingénieur d’essais et pilote officiel de la marque dans les années 1930, vainqueur des 24 Heures du Mans 1939 aux côtés de Jean-Pierre Wimille au volant d’une Type 57C Tank.

Le passage décisif au W16 quadri-turbo
C’est à ce stade que le projet bascule techniquement. Extraire plus de 1 000 ch d’un W18 atmosphérique tout en maîtrisant la chaleur et la complexité mécanique qui en découlent s’avère un défi insurmontable. Dès le début de l’année 2000, Bugatti tranche : le W18 est abandonné au profit d’un tout nouveau bloc W16 de 8,0 litres, suralimenté par quatre turbocompresseurs. C’est ce moteur qui donnera son nom définitif à la voiture, rebaptisée EB 16.4 Veyron (16 cylindres, 4 roues motrices).

Une version modifiée de la carrosserie de l’EB 18/4, désormais mue par cette nouvelle architecture, est présentée au salon automobile de Paris en 2000 via ce concept EB 16.4 Veyron. Puis, en septembre 2001, à l’occasion de l’IAA de Francfort, Bugatti dévoile le modèle définitif de la Veyron 16.4, dont les chiffres donnent enfin la pleine mesure du projet : 1 001 ch (736 kW), un couple de 1 250 Nm, pour une cylindrée de 8,0 litres répartie sur seize cylindres et quatre turbocompresseurs. Extérieurement, le concept reprend les grandes lignes stylistiques de l’EB 18/3 Chiron – pare-brise très incliné, capot plongeant surmonté de la calandre en fer à cheval, nervure centrale courant sur toute la longueur de la carrosserie et ailes arrière proéminentes – tout en préfigurant fidèlement le dessin de la version de production.

Un concept proche de la série
Ce concept se distingue par un design proche du futur modèle de série mais n’étant pas encore figé : rétroviseurs extérieurs, haut du moteur, habitacle beige avec divers éléments (sièges, compteurs, jauges, boutons, …), carrosserie bi-ton (bleu & noir), design de jantes, inscriptions latérales dorées « Pierre Veyron », sortie d’échappement centrale carrée, …

À l’origine, la Bugatti Veyron était équipée d’un moteur 18 cylindres de 6,3 litres développant 555 ch (injection directe), doté d’une architecture unique et innovante. Ce moteur à 18 cylindres se composait de trois bancs de six cylindres chacun. Placé directement derrière les deux sièges, il présentait deux prises d’air en aluminium poli argenté surplombant le moteur apparent.

Lors du Mondial de l’Automobile de Paris en 2000, un nouveau concept de la Veyron a été présenté pour la première fois avec un moteur 16 cylindres de 8 litres, toujours atmosphérique, développant 630 ch.

Le moteur W16 à bloc en alliage se compose de deux blocs-cylindres en V8 exceptionnellement étroits, conçus selon le principe VR et disposés selon un angle d’ouverture de 90 degrés. La cylindrée de ce nouveau moteur est de 7 993 cm3 (8 litres) et développe sur ce concept 630 ch (470 kW) à un couple de 6 000 tr/min.

Le véhicule dégage une impression d’élégance et de compacité, avec une longueur de 4,38 mètres et une hauteur de seulement 1,20 mètre. Grâce à sa livrée bicolore soulignant les courbes subtiles de sa carrosserie, la Bugatti EB 16.4 Veyron Concept respire le dynamisme sous tous les angles. Son allure puissante et imposante est accentuée par un empattement long (2,65 mètres) et des voies larges.

La carrosserie en fibre de carbone, à la fois extrêmement stable et légère, a permis une réduction de poids considérable tout en offrant une aérodynamique exceptionnelle. La transmission intégrale permanente assure une transmission efficace de la puissance du moteur central à la route.

À l’intérieur, éléments sportifs et luxueux se conjuguent pour créer un habitacle harmonieux et parfaitement équilibré.

Une gestation encore longue avant la série
Malgré cette présentation quasi définitive dès 2001, il faudra attendre encore plusieurs années avant que la Bugatti Veyron 16.4 ne devienne réalité industrielle. Les obstacles techniques posés par le refroidissement, la transmission ou l’aérodynamique à très haute vitesse imposent un développement particulièrement long. Le premier prototype roulant n’est achevé qu’en août 2003, et ce n’est finalement qu’en 2005 que la Bugatti Veyron 16.4 de série voit le jour à Molsheim, devenant la première voiture routière homologuée à dépasser les 1 000 ch et les 400 km/h.

La Bugatti EB 16.4 Veyron Concept de 2000 occupe ainsi une place charnière dans cette histoire : dernier maillon d’une chaîne de quatre études de style (EB 118, EB 218, EB 18/3 Chiron, EB 18/4 Veyron) commencée en 1998, il est aussi le premier à porter le nom et l’architecture mécanique – le W16 quadri-turbo – qui allaient définir l’une des voitures les plus marquantes de l’histoire automobile récente.

Photos : Sylvain Richard – 4Legend.com

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